Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/114

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Commentaires, et dont la solution ne dépend en rien de la configuration des lieux.

La cavalerie gauloise ayant pu sortir d’Alesia non-seulement sans coup férir, mais sans être aperçue des vedettes romaines, puisque César ne connut ce grave incident que par les récits des transfuges, il en faut conclure, ou que le premier système de redoutes construites par les assiégeans était défectueux, ou que le service s’y faisait avec peu de vigilance. Et quand on voit Vercingétorix profiter si heureusement de ce qu’il y avait d’imparfait dans les ouvrages élevés par ses adversaires ou les prendre si à propos en flagrant délit de négligence, on s’étonne qu’il n’ait pas plus complètement tiré parti de circonstances aussi favorables. La position qu’il occupait ne pouvait être réduite que par la famine. Nous ne connaissons pas les dimensions des retranchemens gaulois, mais nous savons que la contrevallation romaine avait environ seize mille mètres de tour, et qu’elle devait être à une certaine distance de la ville, car de ce côté elle était précédée à quatre cents pieds par un fossé perdu, car la population mandubienne put errer et mourir entre la ville et les lignes ennemies, car enfin César avait dû laisser entre la place et ses ouvrages assez d’espace pour avoir le temps de se mettre en garde contre les sorties pendant l’exécution des travaux. L’enceinte d’Alesia n’était donc pas assez vaste pour exiger la présence des 80 000 défenseurs que César y enferme, et d’autre part, avec la difficulté des vivres, une garnison aussi considérable devenait un véritable embarras. Dans cette situation, on se demande comment Vercingétorix, qui avait si judicieusement reconnu l’intervalle par lequel il pouvait faire passer sa cavalerie, n’a pas cherché en même temps à se débarrasser de la population mandubienne, qui était une si lourde charge, et à renvoyer une partie de son infanterie, qui aurait formé le noyau de l’armée de secours.

À cette première objection, il y a moyen de répondre sans soulever encore une question nouvelle. Vercingétorix pouvait bien espérer que sa cavalerie traverserait l’espace resté libre entre les redoutes ennemies, mais il pouvait très bien ne pas croire qu’elle échapperait inaperçue. Si elle partait seule, et si elle rencontrait une grand’garde ennemie, elle lui passait sur le corps, et tandis que les Romains courraient aux armes, que leurs auxiliaires selleraient leurs chevaux, elle pouvait marcher au galop et se mettre hors de portée. Était-elle au contraire accompagnée d’hommes à pied, de femmes, d’enfans, de vieillards, une fois l’alarme donnée dans le camp romain, il fallait abandonner l’infanterie, les impedimenta ; les uns et les autres devenaient la proie de l’ennemi.

Vercingétorix avait donc eu raison de ne pas renvoyer avec sa