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çais a exercée et qu’il conserve encore sur la littérature russe. Dans la série des manuscrits historiques de la rédaction russe figure une chronique commençant à l’année 1353, avec le règne d’Ivan II, et finissant en 1541, neuvième année du règne d’Ivan IV, surnommé le Terrible. C’est une portion de la chronique dite de Voskrecensk (de la Résurrection), du couvent de ce nom, auquel elle fut donnée en 1658 par le patriarche Nicon. L’académie de Saint-Pétersbourg a fait paraître en 1793 et 1794 la partie de la chronique de Voskrecensk qui s’étend jusqu’en 1347 ; le texte publié dernièrement (1856) par la commission archéographique, dans le tome VII de la Collection des annales russes, va jusqu’en 1354. Le manuscrit de Paris le complète en se terminant au chapitre LXXe et à l’année 1541.

Dans la rédaction serbe, nous avons à noter un recueil de pièces ascétiques, parmi lesquelles est une vie d’Etienne Niémania, en religion saint Siméon, seigneur et autocrate des pays serbes et pomoriens. L’auteur est le fils aîné de Siméon, le kral Etienne, surnommé le Premier-Couronné (Pervo-Vientchanny), grand joupan ou gospodar depuis 1195. En 1222, il prit le titre de roi, et ceignit la couronne qu’avait obtenue pour lui du pape Honorius III l’archevêque Méthode. La légende de saint Siméon a été écrite sous l’inspiration de cette foi naïve, de cet amour du merveilleux qui ont dicté tant de compositions analogues dans notre Occident, mais avec une teinte où se reflètent l’esprit et la tradition de l’église orientale. Elle a pour but principal, on le conçoit facilement, d’exalter la piété fervente et l’ascétisme du héros à qui elle est consacrée, et ses libéralités envers les sanctuaires alors les plus en renom, la grande église de Jérusalem, Saint-Pierre et Saint-Paul de Rome, Notre-Dame de Bjzance, et l’église de Salonique ; la fondation, faite à ses frais et exécutée en partie par le travail de ses mains, des monastères de Stoudénitsa, en Serbie, et de Khilandar, au mont Athos ; sa dévotion particulière envers le thaumaturge saint Nicolas et le grand martyr saint George ; — enfin sa retraite dans son couvent chéri de Stoudénitsa, où il revêtit la forme angélique[1]. En récompense de tant de bonnes œuvres, Dieu bénit constamment ses armes et celles de son fils et successeur, le kral Étienne, dans les guerres qu’ils eurent à soutenir, tantôt contre l’empereur des Grecs et le roi de Hongrie, tantôt contre le prince de Dratch et de la grande île située en face de la Dioclétie et de la Dalmatie.

Nos manuscrits paléoslaves sont, comme je l’ai déjà fait observer, d’un caractère liturgique : ce sont des kanonniks, des synaxaires, des hymnaires notés, des évangéliaires, etc. En faisant passer sous nos yeux ces richesses bibliographiques, le révérend père Martinof a soin de nous expliquer les pratiques de l’église russe auxquelles chacun de ces livres est approprié. Les kanonniks sont des recueils de canons ou séries d’hymnes qu’on chante ordinairement à l’office des matines. Les hymnaires sont de trois sortes : les uns ne comprennent que les hymnes pour le jour des fêtes principales ; les autres se bornent à certaines parties de l’année ecclésiastique, dont ils tirent alors leur dénomination, comme l’Hymnaire quadragésimal pour le carême ; enfin il y en a qui embrassent le cycle tout entier, et que l’on appelle irmologues. Au point de vue musical, ces recueils offrent déjà un assez grand

  1. C’est l’expression par laquelle on désigne dans l’église orientale l’habit monastique.