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circule en France, il est aisé d’apercevoir dès à présent, par les statistiques de la douane, l’une des conséquences de ce fait. Les valeurs actuelles inscrites dans les tableaux indiquent une hausse presque générale du prix des produits agricoles et manufacturés. Une grande part doit être faite au déficit des récoltes, à l’accroissement de la consommation, c’est-à-dire à l’influence qu’exerce naturellement le rapport de l’offre à la demande ; mais il n’est contesté par personne, et la commission des valeurs a déclaré expressément, dans ses comptes-rendus, que la dépréciation dans la valeur métallique, résultat de l’énorme production de l’or, a contribué au renchérissement presque universel. On pourra du reste se livrer à d’intéressantes études sur les prix en comparant les valeurs actuelles de chaque marchandise désignée dans les statistiques avec la valeur officielle qui date de 1826[1].

Nous venons de passer en revue les principales indications contenues dans la dernière publication décennale sur le commerce extérieur de la France. L’impression générale que l’on éprouve en fermant ces deux volumes de statistique est un sentiment de satisfaction pour les progrès incontestables de notre industrie et de nos échanges. Ces progrès pourraient soutenir avantageusement la comparaison avec ceux qui, durant la même période, ont été accomplis par les autres nations, même par la Grande-Bretagne. S’ils justifient dans le passé la prudence de notre législation économique, ils conseillent pour l’avenir un régime moins restrictif et un acheminement plus prompt vers la liberté commerciale, qui, selon le langage de M. de Saint-Cricq en 1833, est le but de la protection. L’industrie française est aujourd’hui de force à envisager plus bravement la concurrence étrangère ; elle n’a plus besoin des prohibitions ni des taxes excessives qui, instituées d’abord pour la défendre, lui deviendraient préjudiciables, si elles étaient plus longtemps maintenues. La doctrine de la protection n’exclut pas les réformes de tarifs ; elle les provoque au contraire, car elle n’a d’autre pensée que de mettre sans cesse les lois de douane en harmonie avec la situation constamment progressive du travail national. Les rapports officiels, les témoignages et même les inquiétudes de nos concurrens, tout s’accorde à proclamer l’utilité des dispositions libérales qui ont été annoncées par le gouvernement. Lorsque la discussion s’ouvrira enfin dans l’enceinte législative, on consultera avec profit les statistiques de l’administration des douanes, et les esprits non prévenus y puiseront les argumens qui doivent assurer le triomphe de l’intérêt général.


C. Lavollée.
  1. M. Natalis Rondot, membre et secrétaire de la commission des valeurs, a publié, dans le Dictionnaire du Commerce et de la Navigation (librairie Guillaumin), un article très instructif sur les valeurs de douane officielles et actuelles en France, en Angleterre et en Belgique.