Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/557

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ce soit par une illusion passagère ou l’engouement d’un parti que des bords de la Sprée à ceux du Tage la même tendance s’est manifestée vers le régime constitutionnel. Laissons de côté les républiques des deux Amériques, qui pourraient cependant être comptées ; omettons ces innombrables colonies de l’Angleterre modelées sur la mère-patrie,

… simulataque magnis
Pergama ;…

ne parlons même pas de cette monarchie brésilienne, qui trouve sa prospérité dans une liberté progressive : restons sur le continent européen. Si l’échauffourée de 1848, venant en aide au mauvais vouloir de plus d’un prince et de toutes les aristocraties, a retardé le développement des libertés de certains peuples, elle n’a pas supprimé partout la monarchie constitutionnelle. La Suède, le Danemark, les Pays-Bas, le Wurtemberg, la Bavière, le Hanovre, ont conservé les élémens du système représentatif, et l’institution n’a pas cessé partout d’en être efficace et sérieuse. Le roi de Prusse, au milieu de tant de fautes qui préludaient au déclin de ses forces, a cependant eu la probité de ne point revenir sur sa parole, et ses états continuent de marcher avec lenteur, mais avec espérance, dans un système de gouvernement constitutionnel. L’Espagne s’y essaie depuis vingt-cinq ans par des révolutions trimestrielles, et ne changerait pas sa singulière instabilité contre un immobile absolutisme. Le Portugal réussit mieux dans une tentative semblable, grâce à une sagesse acquise à laquelle les épreuves n’ont pas été épargnées. Enfin la Belgique et le Piémont sont en possession d’une forme de gouvernement que les partis n’osent contester. Passons sur des avortemens célèbres. Ne rappelons pas qu’à Vienne même, dans cette métropole d’où pendant trente-quatre ans l’absolutisme a rayonné sur l’Europe, un jeune prince a payé le recouvrement de son empire d’une solennelle promesse de liberté, qui est allée grossir la multitude des engagemens oubliés sur le trône et fournir des alimens nouveaux à la défiance des peuples envers les rois, de nouveaux prétextes à la république. Le simple rappel de ces faits notoires montre que l’Europe aspire obstinément à un système organique qui donne à la société, voix délibérative dans son gouvernement. Je pose sans détour la question : Pourquoi la France serait-elle une exception ?

On l’aurait bien étonnée d’exprimer ce doute, je ne dis pas dans ces jours de confiant enthousiasme, en juillet 1789 ou en juillet 1830, mais dans un moment quelconque des trente-sept années qui se sont écoulées de 1814 à 1852. Pendant cette longue période, elle