Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/1010

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Nous espérons que L’on trouvera le moyen de donner à l’Italie centrale une vie politique régulière en respectant ce qu’il y a d’essentiel dans les vœux manifestés jusqu’à ce jour par les populations. En Toscane, dans les Romagnes, comme à Parme et à Modène, ces vœux ont une double portée, une portée négative et une portée positive. Il ne faut pas méconnaître que les vœux d’annexion à la Sardaigne, quoiqu’inspirés en grande partie par le sincère désir de constituer fortement la nationalité italienne, ont été plus puissamment motivés encore par l’invincible répugnance que les populations éprouvent contre les anciens gouvernemens. L’annexion est devenue pour elles la formule la plus nette et la plus radicale de leurs protestations contre les restaurations. Le refus opposé aux restaurations, voilà ce que nous appelons le vœu essentiel de l’Italie centrale, celui qui mérite le plus d’être pris en considération par le futur congrès. Si ce congrès est aussi réellement décidé qu’on l’affirme, lord John Russell ayant tout récemment encore répété sa déclaration constante, à savoir que l’Angleterre ne prendrait part à un congrès qu’à la condition que les vœux des populations italiennes y seraient respectés, il est à croire que ce principe aurait obtenu l’adhésion de toutes les puissances. Peut-être le congrès soumettra-t-il ces vœux à une nouvelle épreuve : peut-être la question des restaurations sera-t-elle posée devant le suffrage universel, sous le contrôle des grandes puissances. Nous ne doutons point que le suffrage universel ne donne une réponse identique à celles qu’ont faites les assemblées et les électeurs qui les avaient envoyées. La question de l’annexion a moins d’importance à nos yeux. Il n’est guère permis d’espérer que la majorité d’un congrès consente à faire soudainement du Piémont une grande puissance à la tête de douze millions d’hommes. De grands et nombreux préjugés existent, même en France, contre cette combinaison : ils s’appuient sur les traditions séculaires de la politique française, qui s’est toujours opposée à la formation de grands états sur nos frontières. Nous ne partageons pas, et nous ne craignons pas de le déclarer, ces préjugés d’une vieille politique qui ne nous paraît plus applicable à notre époque. Nous ne croyons pas qu’un principe qui avait sa valeur lorsqu’il n’y avait en Europe que des monarchies absolues constamment et uniquement préoccupées d’entreprises militaires et d’agrandissemens territoriaux doive dominer les relations des peuples industriels, commerçans et libres de l’Europe future. Nous croyons que c’est pour un peuple non-seulement le calcul d’un égoïsme injuste, mais étroit et peu intelligent, que d’opposer des entraves au développement légitime des autres peuples. Nous aimons trop peu la guerre pour ne pas aimer les paix bien faites, et nous savons que les paix qui ne satisfont point les ambitions naturelles couvent, au lieu de les détruire, des germes de guerre prochaine. Nous reconnaissons cependant que notre opinion n’est point encore en France celle de la majorité, et nous ne nous bercerons pas surtout de l’illusion qu’elle soit partagée par notre gouvernement.

La tendance qui se prononce maintenant en Allemagne parmi tous les esprits éclairés et actifs, non vers une chimérique unité, du moins vers une concentration d’action diplomatique et militaire qui permettrait à la race germanique d’exercer dans la politique générale une influence plus proportionnée à son importance intellectuelle et matérielle, cette tendance si