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du Mississipi et dans les parties du continent où l’émigration n’a pas pénétré. L’année précédente, après l’expulsion de ses collègues, M. Hurt s’était tranquillement établi au milieu de la tribu des Pah-Utahs ; il avait fondé une grande ferme sur les bords de la Rivière-Espagnole, qui coule dans le lac Utah et prend sa source dans les neiges du mont Nébo, l’un des pics les plus élevés de la chaîne Wahsatch. Il usait de son autorité parmi les Indiens pour contrebalancer l’effet des prédications des mormons, toujours occupés à exciter les Indiens contre les Américains et l’autorité fédérale : il avait si bien établi son crédit parmi les sauvages, que Young essaya de l’enlever ; il fut heureusement prévenu à temps de ce projet par les Indiens eux-mêmes, qui l’aidèrent à fuir dans les montagnes. Il arriva au camp le 23 octobre avec ses fidèles compagnons, qui avaient bravé les plus cruelles souffrances pour le sauver.

L’activité du colonel Johnston avait relevé le moral de la petite armée américaine ; les soldats étaient occupés à fortifier leurs positions, à décharger les convois qui avaient échappé aux mormons. Leurs tentes coniques, ouvertes par le haut pour laisser passer la fumée et construites sur le modèle de la tente indienne, leur donnaient un excellent abri ; ils construisaient pour leurs officiers de petites maisons en terre. Les chevaux et les mulets furent envoyés, avec le régiment de dragons chargé de leur garde, à quelques lieues de distance, dans une vallée où les pâturages n’avaient pas été brûlés par les mormons. Les Indiens Chéyennes ayant enlevé tous les bœufs destinés à être mangés, il fallut tuer les maigres bœufs de transport et en préparer la viande pour l’hiver. Comme il ne restait presque plus d’animaux pour la campagne qui devait suivre, le commandant détacha le capitaine Marcy à Taos, dans l’état du Nouveau-Mexique, pour y chercher des chevaux. Cet officier se mit en route le 27 novembre avec trente-cinq hommes et deux guides ; il avait 700 milles à traverser au milieu des tribus indiennes les plus indépendantes et dans la saison de l’année où les plus hardis trappeurs s’aventurent rarement dans les montagnes. Comme les rations de l’armée étaient diminuées, une autre troupe : fut envoyée vers le nord, dans les territoires de Washington et d’Oregon, pour prévenir les marchands des besoins de 1 ! armée américaine. Les charretiers et valets d’armée qui encombraient le camp, ramassis d’aventuriers qui avaient suivi les troupes dans l’espoir de gagner par Utah la Californie, furent organisés militairement pour que l’indiscipline ne pénétrât point dans l’armée. Le colonel Johnston déployait une grande énergie dans tous ses préparatifs, décidé à agir vigoureusement dès que le printemps le permettrait ; il fit dire à Brigham