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mois de mai, trente-cinq mille d’entre eux étaient réunis aux environs de Provo, sur les bords du lac Utah.

Retourné au camp américain, le gouverneur Cumming fit part au commandant de ses intentions pacifiques. Il lui annonça que, les mormons l’ayant reconnu et lui livrant sans défense l’approche de leurs établissemens, la condescendance lui paraissait préférable à la rigueur pour les ramener entièrement au devoir. Le désappointement de l’armée fut extrême : elle avait supporté avec un grand courage les privations et les ennuis des quartiers d’hiver. Elle était impatiente d’entrer en action ; de puissans renforts allaient bientôt lui venir, et d’énormes convois étaient sur le point de ramener l’abondance au camp. La différence des avis menaçait de susciter un grave conflit entre l’autorité militaire et l’autorité civile, quand l’arrivée de deux commissaires envoyés par le président Buchanan mit fin à toute indécision. Ils étaient porteurs d’une proclamation adressée par M. Buchanan aux insurgés mormons. On y rappelait toutes leurs offenses, mais, « pour empêcher l’effusion du sang et pour qu’un peuple tout entier ne fût pas puni pour des crimes dont il était probable que tous n’étaient pas coupables, » le président offrait « plein et entier pardon à tous ceux qui se soumettraient à l’autorité fédérale. »

Le 2 juin, le gouverneur Cumming partit avec les commissaires pour la vallée du grand Lac-Salé, afin de communiquer aux mormons la proclamation du président. Le maître de poste du territoire d’Utah les accompagna avec les dépêches, qui, depuis le commencement de la révolte, avaient été arrêtées ; le surintendant des affaires indiennes se joignit aussi à eux. Seuls, les juges refusèrent de suivre le gouverneur. La petite expédition arriva à la ville du grand Lac-Salé : elle était entièrement déserte ; des planches étaient soigneusement clouées sur toutes les fenêtres ; les portes étaient fermées, et la cité ressemblait à un vaste tombeau. Le gouverneur et les commissaires parvinrent cependant à ouvrir des conférences avec les principaux d’entre les mormons, campés à Provo. Brigham Young, Kimball, Wells, les douze apôtres et une trentaine d’évêques et de pontifes, toute l’aristocratie sacerdotale d’Utah y était représentée. Les conférences furent très orageuses, les mormons montraient la plus vive répugnance à voir leur peuple en contact avec les soldats de l’armée américaine ; ils craignaient également que les juges fédéraux, à défaut d’une loi formelle sur la polygamie, ne poursuivissent, sous la prévention d’adultère ou de bigamie, ceux de leur religion : c’est de cette façon que le juge Eckels avait annoncé qu’il extirperait l’institution favorite des habitans d’Utah. Les assurances que les mormons reçurent des commissaires sur ces