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LOCKE
SA VIE ET SES OEUVRES


DEUXIEME PARTIE



I

Locke n’a rien improvisé. Il avait réfléchi longtemps avant d’écrire. Il avait pensé à tout, qu’il n’était pas sûr encore de jamais produire au dehors sa pensée, et lorsqu’à cinquante-trois ans il publia son premier ouvrage, l’Essai sur l’Entendement humain était terminé, sa philosophie était faite. Tous ses écrits devaient donc avoir entre eux la même connexion que dans son esprit ; tous devaient se faire reconnaître à des principes communs, à une méthode identique, et si l’homme se laissait apercevoir dans le philosophe, le philosophe devait se retrouver constamment dans l’écrivain. Sans unir toutes ses compositions par le lien d’une logique serrée, ce qui n’était le caractère ni de son talent ni de sa doctrine, on peut en effet remarquer qu’un même esprit les anime toutes, et que, suivant l’importance du sujet, suivant qu’elles tiennent davantage de la spéculation ou de la pratique, elles pourraient être classées dans un ordre hiérarchique dont la philosophie pure occuperait le sommet, comme le principe dont tous les autres écrits seraient