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qu’en les appuyant il les dédaignait, mais il n’en convenait pas. Ces reproches étaient mieux placés dans les écrits des théologiens, par exemple dans un Examen de la religion de M. Locke, attribué au célèbre jacobite Atterbury (1700). On cite encore, parmi les ouvrages où Locke est attaqué, un discours de Lowde sur la Nature de l’homme (1698), l’Anti-Scepticisme de Henri Lee (1702), la Nature de l’Ame de Broughton, une dissertation sur les Idées nées avec nous du docteur W. Sherlock, enfin une critique spéciale par W. Carroll, qui adressa à Locke le reproche inattendu d’avoir repris les hypothèses de Spinoza (1706). Mais les censeurs trouvèrent dans l’église même des contradicteurs. Dès l’origine, le révérend Samuel Bolde avait répondu à John Edwards. Ses réponses, ainsi que celles qu’il fit à Norris et à Broughton, se trouvent réunies dans un recueil publié en 1706, et quoique la liberté de penser ait pu tourner quelques vues de Locke en faveur du scepticisme, quoique les croyances distinctives du protestantisme ne puissent guère s’appuyer de son autorité, quoiqu’enfin la constitution de l’église épiscopale ne doive pas le compter parmi ses défenseurs, la postérité, sur le témoignage de prélats qu’elle respecte, lui a conservé un rang honorable parmi les apologistes du christianisme. C’est l’opinion de Leland, l’adversaire déclaré et le critique habile des déistes de son temps. Les écrits de Locke, estimés de l’archevêque Tillotson, ont été loués et réimprimés par l’évêque Law. « Au dernier siècle, disait l’évêque Conybeare dans sa Défense de la Religion révélée, il s’éleva un génie extraordinaire pour les spéculations philosophiques : je veux parler de M. Locke, la gloire de son âge et l’instructeur du nôtre. » L’évêque Warburton, dans son Adresse aux libres penseurs, s’irrite contre Shaflesbury et contre Collins pour n’avoir pas pardonné à M. Locke, l’honneur de ce siècle et l’instructeur de l’avenir, d’avoir été croyant, montré que le christianisme était raisonnable et mis son espoir dans l’autre vie. » — «…Ce grand homme, dit en parlant de Locke l’évêque Watson, a plus fait pour l’agrandissement des facultés humaines et pour l’établissement d’un christianisme pur qu’aucun auteur que je connaisse. »

Locke s’est peu occupé de ses adversaires. Il parle seulement de Lowde avec des égards bienveillans dans la seconde édition de son livre. Norris a obtenu avec Malebranche l’honneur d’une double réfutation qu’on trouve dans ses œuvres ; mais c’est aux hypothèses, non aux critiques de Norris qu’il en veut. Il a toujours retouché et complété l’Essai d’édition en édition, et n’a jamais négligé de dissiper les doutes qu’on avait élevés sur les fondemens de sa doctrine morale. Lorsqu’on lui annonça de Hollande les premières observations