Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/866

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Angleterre par ses sympathies, il a voulu sans doute faire connaître à sa patrie d’adoption la science chrétienne de son pays natal, et il a cru servir la cause de l’avenir et de la vérité en réfutant les préventions dont la théologie allemande lui semblait être l’objet de la part des chrétiens anglicans, car il est persuadé que la religion spéculative de l’Allemagne et le christianisme plus pratique de l’Angleterre ont besoin de se compléter l’un l’autre. « Humainement parlant, a-t-il écrit, c’est de l’Allemagne et de l’Angleterre que dépend en ce moment la possibilité d’une solution paisible et vraiment réédificatrice de la question chrétienne. »

Voilà longtemps que les antiquités du christianisme ont attiré l’attention de M. Bunsen, et, sur ces matières, il a plus que des connaissances; il est un penseur original, un croyant fervent. Déjà ses Lettres sur Ignace, son Dieu dans l’Histoire et sa Constitution de l’Eglise de l’avenir avaient permis d’apprécier son érudition et ses idées religieuses. Dans son dernier ouvrage, il s’applique en quelque sorte à résumer tous les travaux et toutes les pensées de sa vie; il embrasse à la fois le passé et l’avenir du christianisme, le passé et l’avenir de l’humanité; il commente enfin l’Évangile par la science et par l’histoire, pour démontrer ce qui est à ses yeux le sens intime de l’Evangile et le secret de l’histoire, ce qui lui apparaît en même temps comme la seule doctrine qui puisse sauver nos sociétés européennes et conduire l’homme au but de ses destinées.

M. Bunsen a dû la première pensée de son livre à un vieil écrit grec exhumé et édité par un savant helléniste, M. Emmanuel Miller. Dans cette œuvre, malheureusement incomplète, — c’était une Réfutation de toutes les Hérésies, composée au commencement du IIIe siècle, et dont les trois premiers livres manquaient au manuscrit, — M. Miller avait reconnu la continuation d’un fragment habituellement inséré parmi les œuvres d’Origène, et en la faisant paraître à Oxford, il l’avait attribuée au célèbre docteur alexandrin. Telle ne fut pas l’opinion de M. Bunsen, qui, dans cinq lettres adressées à l’archidiacre Hare, revendiqua la Réfutation pour saint Hippolyte, évêque de Portus, près de Rome, et membre du presbytérat romain, mort martyr vers 235. Cette correspondance a été le germe des trois ouvrages distincts qui composent le Christianisme et l’Humanité. Sous le titre de Saint Hippolyte et son temps, M. Bunsen publia d’abord une étude historique qui, en réalité, était un tableau complet de la vie et de la doctrine des sept premières générations chrétiennes. Le tableau d’ailleurs était accompagné d’essais et d’aphorismes où l’auteur jugeait le présent à la lumière du passé, et où il émettait, quoique brièvement, une interprétation du christianisme qui sortait par plus d’un point des données protestantes. Plus tard, M. Bun-