Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/82

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émettre à l’étranger un emprunt considérable en numéraire beaucoup au-dessus de 60 francs pour 5 francs de rente, perte de change et escompte de versemens compris ? Sans doute il sera possible d’imaginer de nouvelles combinaisons de tirages, de lots et de primes, de donner la faculté de remettre en paiement d’anciennes obligations ; on réservera aux souscripteurs des avantages d’escompte et des bénéfices d’agio. Grâce à ces amorces, auxquelles la banque de Vienne s’est toujours laissée prendre, on arriverait peut-être à obtenir pour un emprunt assez faible des soumissions dont le prix, dans tous les cas, n’atteindrait pas 70 francs. Toutefois un véritable emprunt, assez important pour que le gouvernement liquide sa dette vis-à-vis de la banque et permette à celle-ci de reprendre les paiemens en numéraire, sans quoi rien de régulier ne subsistera en Autriche, un emprunt qui devrait solder les déficits de l’année 1859 et d’une ou deux années à venir, dont le total ne pourrait par conséquent être inférieur à 500 millions de florins effectifs, soit 1250 millions de francs, quelle est la puissance financière qui oserait le soumissionner beaucoup au-dessus de 60 francs ? En réalité, les finances de l’Autriche ne valent pas les finances de l’Espagne, et la première doit se résigner à payer plus cher que la seconde la dépréciation de son crédit.

Mais, dira-t-on, il est bien dur d’emprunter à des conditions usuraires, et puisqu’il faut renoncer au concours des prêteurs étrangers, qu’on s’adresse aux contribuables eux-mêmes ! En effet, de même que les compagnies de chemins de fer appellent de préférence leurs actionnaires à souscrire des obligations à un prix désastreux pour la société, avantageux, à ce qu’il semble, pour les prêteurs, le gouvernement autrichien peut faire appel au dévouement et à l’intérêt bien entendu des citoyens, en escomptant à leur profit les améliorations de l’avenir. Cette dernière solution est, à notre sens, la seule à laquelle on puisse aujourd’hui recourir avec profit et avec dignité. L’empereur d’Autriche porte haut l’orgueil de sa couronne ; il a conscience de la mission que sa maison est appelée à remplir pour la défense des principes conservateurs. Il réunit sous son sceptre des races diverses dont l’empire du milieu européen doit faire pour notre Occident un rempart et pour l’Orient des initiateurs. On répète, comme un lieu-commun incontesté, que, sans l’Autriche, il n’est point d’équilibre possible en Europe. La tâche que l’avenir assigne à une telle puissance, le rang qu’elle a pris et occupe encore en Allemagne, ses agrandissemens possibles, méritent à coup sûr quelques sacrifices ; peuples et souverains ne tenteront-ils pas un nouvel effort ? Oui, cela peut et doit être, mais à une condition : c’est que les peuples auront conscience de l’œuvre et que leurs efforts