Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/77

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mon esprit ; votre Cosmos a provoqué en moi deux sentimens qui se combattent, ou, si vous le préférez, qui se neutralisent l’un l’autre, un sentiment de satisfaction quand je songe aux choses que je sais déjà, un sentiment de regret quand je songe à tout ce que j’ignore. Puis ces sentimens s’évanouissent devant l’admiration que m’inspire votre savoir, qui pouvait seul faire réussir une si gigantesque entreprise. Mais non, le savoir ne suffisait pas pour l’accomplissement de la tâche que vous vous êtes donnée, et ceci m’amène au véritable mérite de l’auteur, je veux dire son talent d’exposition et sa méthode. Vous avez dans cet ouvrage remis en honneur le vieux mot de discipline en l’appliquant aux sciences. Dieu fasse que cette idée reprenne aussi ses droits éternels dans la société civile ! — Si mes impressions n’ont qu’une mince valeur, il n’en est pas de même du jugement des hommes de science. Ici tous sont ravis d’admiration ; je m’associe complètement à eux, lorsqu’ils disent que vous seul parmi les vivans pouviez accomplir une telle œuvre, et que l’idée même du Cosmos, exprimée dans le titre, convenait véritablement à votre entreprise. Je vous ai dit que j’avais lu le premier volume de l’ouvrage, maintenant je m’occupe à l’étudier, et je vous remercie des heures vraiment bienheureuses que vous me procurez, heures bienheureuses en effet que celles où l’on peut quitter le champ ingrat des agitations politiques pour le champ des sciences naturelles ! »


Une année après, le 10 mai 1846, M. de Metternich ajoutait quelque chose de plus à cette appréciation si bien sentie. Où les méthodistes de Berlin apercevaient des opinions hostiles à la religion, il voyait au contraire Une philosophie de la science toute chrétienne. Il est assez piquant d’opposer à l’orthodoxie tracassière de certains protestans de Berlin la bienveillance, un peu trop crédule peut-être, du spirituel homme d’état. Cette fois je ne traduis plus ; la lettre que je vais citer a été écrite en français :


«… Ce que vous me dites de la prochaine apparition du second volume du Cosmos m’en fait attendre l’étude avec un vif désir. On ne vous lit pas, on vous étudie, et la place d’un écolier me va en plein. Personne n’est plus appelé que je le suis à rendre justice à votre remarque relative à l’influence que le christianisme a exercée sur les sciences naturelles, comme sur l’humanité entière et dès lors sur toutes les sciences, car cette remarque s’est depuis longtemps fait jour en moi… Le faux mène au faux, comme le vrai conduit au vrai. Aussi longtemps que l’esprit s’est maintenu dans le faux, dans la sphère la plus élevée que l’esprit de l’homme puisse atteindre, les conséquences de ce triste état ont dû réagir dans toutes les directions morales, intellectuelles et sociales, et opposer à leur développement dans la droite voie un obstacle insurmontable. La bonne nouvelle une fois annoncée, la position a dû changer. Ce n’est pas en divinisant les effets que ceux-ci ont pu être suivis dans la voie de la vérité ; leur recherche est restée circonscrite dans la spéculation abstraite des philosophes et dans la verve des poètes. La cause une fois mise à couvert, les cœurs se sont mis en repos et les esprits se sont ouverts. Ceux-ci sont longtemps encore restés enveloppés dans les