Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/79

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on la trouve traînante, sans vie : not a vivid description. Comme chaque peuple a sa manière de sentir ! » Il pouvait surtout se consoler en communiquant à Varnhagen ce passage d’une belle lettre qu’il avait reçue de M. Mignet le 1er juillet 1846 :


«… J’ai hâte de vous parler du premier volume du Cosmos, qui m’a été remis de votre part, et où vous ayez si admirablement montré, pour me servir d’une de vos belles expressions, « l’ordre dans l’univers et la magnificence dans l’ordre. » Je l’ai lu avec le plaisir le plus vif et le plus profitable. C’est une exposition, pleine d’enchaînement et de grandeur, des phénomènes et des lois de l’univers, depuis ces lointaines nébuleuses d’où la lumière n’arrive à nous qu’après deux millions d’années jusqu’aux révolutions qui ont présidé à l’organisation actuelle de notre planète, et ont permis à l’homme de paraître, de vivre et de dominer à sa surface. Pour tracer cet immense tableau dans sa féconde variété et sa majestueuse harmonie, il fallait, comme vous, posséder fortement toutes les sciences, avoir vu la nature sous ses aspects les plus divers et l’aimer profondément, unir enfin une imagination poétique à une intelligence sûre et vaste. Achevez vite ce bel ouvrage pour votre gloire et notre instruction. »


Comment ces lettres de M. Mignet, du prince de Metternich, d’autres encore, se trouvent-elles publiées dans la correspondance familière de Humboldt et de Varnhagen d’Ense ? Le lecteur l’a deviné déjà : Varnhagen, nous l’avons dit, observateur et peintre de la société de son temps, était naturellement un grand collectionneur d’autographes. Humboldt, dans les dernières années de sa vie, prenait plaisir à enrichir la collection de son ami. Recevait-il une lettre signée d’un nom glorieux ou simplement de quelque personnage mêlé aux choses publiques, il l’envoyait à Varnhagen. Quelques-unes de ces lettres sont curieuses, la plupart sont insignifiantes. Parmi les lettres qui méritaient d’être conservées, nous signalerons d’abord celles de Mme la duchesse d’Orléans. Il y en a quatre, les trois premières en français, la dernière en allemand. Les premières sont de simples billets, mais où se révèle l’âme la plus noble, où brille l’esprit le plus dévoué à tout ce qui est l’honneur de notre nature ; celle qui les écrivit habitait encore Neuilly, et elle priait M. de Humboldt de lui servir de cicérone dans les galeries de Versailles. La dernière page, tracée en langue allemande, est datée d’Eisenach 1849. L’auguste princesse y remercie l’auteur du Cosmos de l’envoi de son second volume, dont la traduction française avait paru en 1848. « Les cœurs, dit-elle, éprouvés par les vicissitudes de la vie, les esprits affligés par le désordre des affaires de ce monde, saluent un tel livre comme une source rafraîchissante. » Elle le remercie surtout de sa fidélité à des souvenirs récens encore et déjà si éloignés, elle le remercie de ses bonnes paroles, de ses