Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/84

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bienveillans que le baron Brockhausen m’a portés de votre part. Je l’ai bien chargé de vous en témoigner ma vive reconnaissance, mais je trouve mieux encore de vous la dire moi-même. Aujourd’hui je la fais servir de passeport à une question que je me permets de vous adresser.

« Vous qui savez tout, pouvez-vous vous souvenir du fait suivant ? L’année 1799 ou 1800, l’empereur Paul imagina de proposer un combat en champ clos, où l’Angleterre, la Russie, l’Autriche, je ne sais pas quelle puissance encore, videraient leurs différends par la personne de leurs premiers ministres, Pitt, Thugut, etc. La rédaction de cette invitation fut confiée à Kotzebue, et l’article inséré dans la Gazette de Hambourg. Voilà le souvenir bien distinct qui me reste. Je n’ai pas rêvé cela. Pouvez-vous compléter cette tradition ? Je ne rencontre personne qui puisse se le rappeler. J’ai pensé que vous pourriez venir en aide à ma mémoire, et j’y tiens, parce qu’on croit que je radote.

« Vraiment Paul Ier n’était pas si fou. Ne trouvez-vous pas notre temps plus fou que celui-là ? Quel chaos ! et pourquoi ?…

« Mon cher baron, je vis ici dans un petit cercle intime de vieux amis qui sont aussi les vôtres, et qui vous conservent un bien bon souvenir. Quel plaisir nous aurions à vous y voir, et oublier ensemble les tristesses du jour ! Ah ! que les hommes et les choses valaient mieux jadis ! Est-ce un propos de vieille femme que je vous tiens ? »


Mlle Assing ne s’est pas donné la peine de rechercher quelle fut la réponse de Humboldt à cette singulière question. Elle publie ce qui lui tombe sous la main, et passe d’une missive à une autre sans plus se soucier du lecteur ébahi. Tirez-vous de là comme vous pourrez. Continuons donc de faire notre choix dans son portefeuille, et ne lui demandons pas ce qu’elle ne veut ou ne peut nous donner. Il est encore plus d’un nom illustre parmi les signataires des lettres que Humboldt a fournies à Varnhagen, rois et grands-ducs, souverains de la science et de la poésie. À côté d’une lettre de Christian VIII, roi de Danemark, vous en trouverez une du poète italien Manzoni. Le célèbre astronome John Herschel, le grand ministre sir Robert Peel, l’historien américain William Prescott, le poète Ruckert, tiennent dignement leur place à côté du grand-duc de Saxe-Weimar, du grand-duc de Toscane Léopold et du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV. Si vous ne cherchez que des signatures célèbres, vous êtes servi à souhait ; voulez-vous une anecdote piquante, un trait de mœurs, un signe des temps, un commentaire inattendu de l’histoire qui se fait sous nos yeux, ou bien quelque grande pensée échappée d’un noble esprit, et rendue au hasard de la plume, adressez-vous ailleurs. Ce sont des signatures, non des lettres, que Humboldt envoyait à Varnhagen.

Ce n’est point, à vrai dire, sur la publication de ces autographes que Mlle Ludmila Assing a le plus compté. Il faut bien arriver