Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/932

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rompre l’unité des deux royaumes. Leur costume théâtral, mais un peu sombre, contraste avec l’habit écarlate des soldats de la ligne. Les principaux traits de ce costume sont la toque, la veste courte de tartan à carreaux noirs, bleus, verts ou rouges, le manteau jeté sur l’épaule droite, le kilt, sorte de jupon qui descend à peine jusqu’aux genoux, et les bas noués à mi-jambe. On raconte que lorsque le 84e highlanders était en quartier à Nova-Scotia, un bal fut donné par les officiers aux dames du voisinage. L’une d’elles, entrant dans la salle et voyant les jambes nues des militaires écossais, se révolta au nom de la pudeur. « Ce doit être une femme bien indélicate pour avoir de telles pensées, dit une jeune Indienne qui se trouvait là ; ne montre-t-elle pas elle-même ses bras nus jusqu’aux coudes ? » La vérité est que la tenue des highlanders ne s’écarte en rien des lois d’une mâle et sévère décence. On a essayé plus d’une fois, et pour de meilleures raisons, de changer le costume de ces montagnards, qui ne semble point approprié aux durs hivers, ni aux étés brûlans de l’Amérique du Nord ; mais les Écossais tiennent tant à leur uniforme national que ces tentatives ont toujours échoué. Lors de la dernière guerre de l’Inde, les hommes du 93e régiment avaient consenti à changer la jupe pour le pantalon, qui les défendait mieux de la piqûre des moustiques ; mais au moment où ils s’avançaient vers Cawnpore, le théâtre de la lutte, ils demandèrent comme une grâce qu’on leur rendît le kilt, disant qu’ils ne sauraient point se battre si bien sous un autre vêtement. Une autre singularité de cette milice est le bag-pipe, le cornemusier, qui conduit les régimens en marche. J’ai eu beau m’arrêter plusieurs fois devant les troupes qui défilaient, il m’a été difficile, je l’avoue, de saisir le caractère martial de cette musique. Il paraît que les sons de la cornemuse parlent un autre langage au cœur d’un Écossais qu’aux oreilles d’un étranger. Cet instrument exerce en effet une sorte d’influence merveilleuse sur les enfans de la Calédonie. À la bataille de Québec, en 1760, les troupes écossaises battaient en retraite, et le général se plaignait à un officier de la mauvaise conduite de ses soldats. « Général, répondit l’officier avec chaleur, vous avez mal fait en empêchant les cornemuses de jouer ; rien n’excite comme elles le courage d’un highlander ; même à cette heure, elles pourraient encore être de quelque service. — Qu’elles jouent, au nom du ciel ! » s’écria le général. Les cornemusiers, auxquels on donna le signal, soufflèrent avec vigueur le fameux air de Cruinneachadh : à ce bruit, les gaëls se reformèrent, et revinrent bravement à la charge. Il y a quelques années vivait encore à Londres George Clark, qui avait été piper dans le 71e régiment d’Écossais. À la bataille de Vimeira, blessé d’une balle à la jambe et incapable d’avancer, il