Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/235

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politique extérieure du gouvernement, mais l’exposé des grandes lignes, des tendances générales, du système de cette politique. Le grand jour, se faisant ainsi sur la politique étrangère, apportera au public quelque chose de plus que des informations utiles et sûres : les confidences du gouvernement sur le passé prendront aussitôt le caractère d’engagemens pour l’avenir, car des principes posés, des antécédent révélés, il sera facile à l’opinion de déduire les conséquences logiques. La nécessité que le gouvernement a volontairement acceptée d’exprimer et d’expliquer publiquement, à un moment donné, la pensée et les actes de sa politique étrangère lui sera utile à lui-même dans la conduite de cette politique, car elle l’obligera à porter avec une attention plus vigilante dans la conception et l’exécution de ses actes ce souci, ce scrupule, ce point d’honneur de la consistance dont sont possédés ceux qui savent qu’ils auront à rendre un compte public de ce qu’ils font. Voilà, notamment pour ce qui concerne la politique étrangère, le bien qui peut sortir, les sénateurs et les députés remplissant leur devoir, du programme du 24 novembre ; mais la publicité des débats des chambres, si elle fournit les informations les plus élevées à l’opinion, ne suffit point à satisfaire le besoin constant et universel d’informations que ressentent de nos jours les sociétés civilisées. La constance et l’universalité des informations, ces sociétés ne peuvent les trouver que dans une presse stimulée par la concurrence, vivifiée par la liberté. Chez un peuple où tous les citoyens sont appelés par l’universalité du suffrage à participer au gouvernement, les devoirs politiques ne sont point circonscrits dans l’exercice des fonctions législatives et ne sont point exclusivement imposés aux membres des assemblées. Les électeurs ont à remplir vis-à-vis du parlement, dans l’élection des députés et dans leurs rapports avec eux, des devoirs analogues à ceux que les députés eux-mêmes ont à remplir vis-à-vis du gouvernement. Or, après et avec le programme du 24 novembre, la presse a encore à reconquérir la liberté, et il reste aux citoyens à trouver dans la pratique la conciliation du suffrage universel avec la liberté. Le peuple et la presse, dans nos vastes sociétés, où les individus sont séparés par l’immensité du territoire, mais providentiellement rapprochés par ces conquêtes du génie humain, l’imprimerie, la vapeur, l’électricité, — le peuple et la presse, pour se mettre au niveau de la nouvelle vie parlementaire, ont donc de nouveaux droits à faire reconnaître et à exercer. Comment le citoyen aux élections, comment le journal dans les controverses politiques ne verraient-ils pas s’agrandir le cercle de leur activité dans la même proportion où s’étendent les prérogatives de la discussion parlementaire, et par suite la responsabilité des représentans du peuple vis-à-vis de celui de qui ils tiennent leur mandat ? Pousser l’enquête et la discussion qui doivent émanciper la presse du régime administratif et la ramener au régime légal, élucider la théorie de la constitution de 1852, se préparer par une étude attentive et, toutes les fois que l’occasion s’en offrira, par des essais sérieux à la pratique libérale