Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/289

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ses consolations à cette âme impétueuse. Si nous ne possédons pas cette correspondance où tant de choses sans doute nous seraient révélées, on montre du moins à Florence un document assez bizarre qui appartient précisément à cette date, et n’a pas besoin de commentaire. C’est un cahier renfermant une série de sonnets adressés pour la plupart à la comtesse, avec ce titre étrange : Sonetti di Psipsio copiati da Psipsia in Genzano, il di 17 ottobre 1783, anno disgraziato per tutti due. Psipsio, Psipsia, pourquoi ces noms ? Il y a là une énigme que personne encore n’a devinée, mais ce détail offre peu d’intérêt ; la seule chose à signaler ici, c’est le témoignage de leurs sentimens mutuels pendant ces années de séparation et d’exil.

Au commencement de l’hiver, la comtesse d’Albany revint à Rome, ou de graves événemens l’attendaient. Le roi de Suède, Gustave III, visitait alors l’Italie, et bien qu’il voyageât sous le nom du comte de Haga, c’est-à-dire incognito, sans pompe, sans bruit, occupé seulement d’étudier les monumens et les musées, il se mêla cependant, comme tout le monde, des affaires de la comtesse d’Albany. Il avait eu une entrevue le 1er décembre à Pise avec Charles-Edouard ; il avait reçu ses confidences, et n’avait pu retenir ses larmes en voyant à quelle misérable situation était réduit l’héritier de tant de rois. Après l’avoir décidé à renoncer pour toujours à son rôle de prétendant, il s’était fait un devoir d’assurer le repos de ses derniers jours, il avait écrit à Louis XVI pour le prier d’améliorer la position pécuniaire du malheureux prince, et cette lettre, remise au roi de France par l’ambassadeur suédois, M. le baron de Staël-Holstein, avait déjà obtenu un résultat favorable. Il lui restait encore à régler les rapports de Charles-Edouard avec sa femme, à mettre fin, d’une manière ou d’une autre, à une situation qui était le scandale de l’Italie et de l’Europe. Gustave III, dès son arrivée à Rome, au commencement de l’année 1784, eut des conférences à ce sujet avec la comtesse d’Albany et le cardinal d’York. Que se passa-t-il dans ces conférences ? Quel fut le rôle du cardinal, quelle l’attitude de la comtesse ? On ne sait, mais il est clair que ni l’un ni l’autre ne pouvait entretenir le roi de Suède dans les illusions qu’il s’était faites. Gustave apprit là bien des choses dont il ne se doutait point, et, voyant qu’il fallait renoncer à l’espoir de ramener la comtesse, il conçut aussitôt le projet de faire prononcer la séparation légale des deux époux. Le 24 mars 1784, il annonçait à Charles-Edouard le résultat de ses démarches ; on devine aisément, d’après la réponse du prince, les révélations et les conseils que renfermait cette lettre. Voici ce que l’héritier des Stuarts s’empressait d’écrire, trois jours après, à son ami le roi de Suède, ou plutôt le comte de Haga. De