Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/347

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l’accomplissement des travaux et la poursuite des mesures dont l’expérience fera reconnaître la nécessité. La transmission du service une fois opérée, le rétablissement de la circulation du poisson entre les sources des rivières et la mer deviendra facile et rapide ; les barrières qui l’arrêtent s’ouvriront graduellement, il reprendra possession des domaines d’où nous l’avons exclu, et l’abondance s’avancera sur les pas de la liberté. Enfin la nature ne fait rien qu’avec le temps : il en faut surtout aux germes pour se déposer, se développer, se reproduire, et le repeuplement des eaux ne saurait s’effectuer régulièrement, s’il était sans cesse troublé. C’est donc une condition essentielle de succès que la pêche puisse dans l’occurrence être temporairement interdite d’une manière absolue dans des bassins entiers. Il faut une interdiction absolue, non-seulement à cause des rapports qui existent entre des espèces de poissons dont les unes sont nécessaires à l’existence des autres, mais aussi parce que l’abus est trop près de l’usage dans les prohibitions partielles pour que celles-ci soient efficaces. Les eaux courantes ont encore plus besoin de temps de jachère que les terres, ou plutôt leur repos ressemblerait à celui dont jouit la forêt en attendant la maturité des coupes, le sol arable entre la semaille et la récolte, l’étang pendant les deux années ordinairement consacrées à la croissance du poisson.

Le droit d’interdiction absolue implique naturellement le droit de défenses analogues à celles qui, d’après la loi sur la chasse, s’appliquent à la vente et à la circulation du gibier. Il serait prématuré d’entrer dans aucun détail sur les objets des interdictions. Une faute très commune dans l’administration française est de décider sans savoir : il n’y a plus, a-t-on dit, parmi nous d’aristocratie que celle des gens en place, et beaucoup de fonctionnaires croient, avec les marquis de Molière, que les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris. Le brevet donnât-il l’aptitude et le savoir, il faudrait, dans les questions de l’ordre de l’empoissonnement, faire des enquêtes approfondies : ces recherches n’ont pas moins d’avantage pour les populations, à qui elles montrent qu’on ne leur demande rien que de profitable pour elles, que pour l’autorité, à qui elles donnent le sentiment de l’utilité de son action. Tous les règlemens à faire doivent d’ailleurs se fonder ici sur la connaissance approfondie des faits naturels, et c’est une science à laquelle personne ne peut prétendre complètement.


Les eaux étant partagées entre le domaine public et le domaine privé, et la propriété du poisson étant un accessoire de celle des eaux, l’autorité publique et l’industrie individuelle interviennent séparément ou simultanément dans toutes les affaires d’empoissonnement