Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/409

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que par les moyens péremptoires de la démonstration, et comme ici ils ne sont pas applicables, la forme du débat est mal choisie. Il fallait plus de largeur et moins de formalisme ; il fallait, comme de son temps l’entendait Leibniz, remplacer les argumens théologiques par des considérations pratiques, politiques, surtout morales, et chercher les moyens non de se vaincre, mais de ne se pas combattre.

Ces réflexions me paraissent établir contre toute controverse formelle et directe une exception d’incompétence, qu’il s’agisse d’un hérétique ou d’un philosophe à convaincre de l’orthodoxie catholique. Non que je confonde l’hérésie et la philosophie : un protestant n’est pas moins croyant, moins chrétien qu’un catholique, et ce n’est qu’en falsifiant les faits qu’on réduirait le protestantisme à un pur rationalisme ; mais entre le catholique et le protestant ou le philosophe il y a cette différence fondamentale, que le premier soutient seul la thèse absolue d’une autorité extérieure infaillible. Le catholique ne croit avoir rien fait, surtout aujourd’hui, tant qu’il n’a pas établi actuellement cette autorité, et au contraire, dès lors qu’elle est établie, le reste va de suite ; il n’y a plus qu’à savoir ce que dicte cette autorité. Or une infaillibilité constituée est, par la supposition même, au-dessus de la discussion. Elle est de sa nature indémontrable. C’est pour ne l’avoir pas jugée telle que Lamennais s’est égaré, et qu’il a été abandonné par l’église avant de l’abandonner lui-même. En dehors du sophisme palpable qui servait de base à son argumentation, il ne reste que cet argument, qui fait le fond de toute la polémique de Bossuet : c’est qu’étant admis des deux côtés que le Christ est venu révéler la vérité sur la terre, la vérité doit être dans l’église, qui depuis le Christ n’a pas varié. Et c’est ainsi que Bossuet réduit arbitrairement à une question historique tout le débat entre lui et la réformation.

Il a deux maximes qu’il pose avec la même tranquillité que s’il énonçait des axiomes : — « il faut toujours se déterminer, en ce qui concerne la foi, par ce fait certain : hier on croyait ainsi ; donc encore aujourd’hui il faut croire de même. — On ne trouvera dans l’église catholique aucun exemple où une décision ait été faite autrement qu’en maintenant le dogme qu’on trouvait déjà établi. »

« Hier on croyait ainsi, s’écrie Leibniz ; que dirons-nous s’il se trouve qu’on croyait autrement avant-hier ? Faut-il toujours canoniser les opinions qui se trouvent les dernières ? » Quant à la seconde maxime, il se borne à dire : « Je ne sais, s’il n’y a pas des instances contraires. » Et en effet comment le savoir ? comment prouver un fait négatif ? Ici tout est historique. Il ne s’agit point d’axiomes ou de deux propositions évidentes par elles-mêmes. Ne