Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/631

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doctrines polygénistes ? Pour avoir le droit d’en tirer cette conséquence, il faudrait d’abord prouver que les variations indiquées par ces caractères sont en dehors de celles dont l’espèce est susceptible, et qu’il est dès lors nécessaire, pour les expliquer, de recourir à l’existence de plusieurs types spécifiques. Si au contraire il est démontré qu’on observe entre races de même espèce des variations aussi grandes, plus grandes même, n’est-il pas évident que l’argumentation des polygénistes fondée sur des considérations de cet ordre n’a plus de base ? Or quiconque jugera d’après ce qui se voit chez les animaux et les végétaux reconnaîtra sans peine qu’il en est bien ainsi. On se rend très aisément compte de la distance qui sépare les groupes humains les plus éloignés, en admettant qu’ils soient séparés seulement par des caractères de race. Déjà les faits cités dans nos précédentes études ont du faire comprendre que les modifications sont souvent très diverses et très considérables dans les représentans d’une même espèce ; mais cette idée a besoin d’être précisée. Pour cela, nous allons tâcher d’apprécier rigoureusement ce que sont ces modifications au point de vue de la nature et de l’étendue. En appliquant ensuite à l’homme les résultats de cet examen, le lecteur verra que nous n’avons rien exagéré [1].

Occupons-nous d’abord des végétaux. — Chez eux comme chez les animaux, on ne conçoit pas qu’un organe puisse changer de forme, qu’une fonction puisse se modifier, sans que le jeu primitif des forces créatrices ait été préalablement altéré d’une manière ou d’une autre ; mais cette altération intime peut néanmoins se traduire par des phénomènes d’une physionomie assez variée, et qui se rattachent plus particulièrement tantôt à l’anatomie, tantôt à la physiologie. Les variations qui rentrent dans la première de ces deux catégories peuvent atteindre les formes extérieures, les organes les plus superficiels ; elles sont alors aisées à constater. Un

  1. En 1856, M. Isidore Geoffroy ouvrit son cours à la Sorbonne par un certain nombre de leçons sur l’homme et les races humaines, en même temps que je traitais le même sujet au Muséum. Sans nous être donné le mot, nous nous sommes rencontrés sur l’appréciation générale des différences que présente l’étendue des limites de variation dans l’homme et les animaux. Je suis heureux de constater une fois de plus cet accord obtenu à la suite d’études qui, ayant porté sur des parties très différentes du règne animal, n’en préparaient pas moins des conclusions semblables dans un grand nombre des questions qui intéressent l’histoire de l’homme. Je saisirai cette occasion pour rappeler que M. Geoffroy avait traité le même sujet dès 1854, et certainement dans le même esprit. Les leçons de 1856 ont seules été imprimées eh extrait Leçons faites à la Faculté des sciences par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, recueillies et rédigées par M. Camille Delvaille) ; mais je n’en dois pas moins déclarer que, sur les points où nous pouvons nous rencontrer, la priorité est incontestablement acquise a mon savant confrère et collègue, car un cours est aussi une publication.