Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/654

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décrit son guide Yulliyalli comme un spécimen par fait de l’humanité et tel qu’il serait impossible d’en rencontrer un semblable dans les sociétés qui s’habillent et se chaussent. Et ce n’est pas là une exception. Le voyageur anglais revient à diverses reprises sur la perfection physique de ces machines humaines développées en toute liberté. Pickering, le compagnon du capitaine Wilkes dans la grande expédition scientifique des États-Unis, confirme en tout ce jugement ; Il déclare n’avoir rencontré nulle part cette maigreur excessive des extrémités, donnée si souvent comme un des caractères des Australiens, et traite de simples caricatures la plupart des dessins qui ont été publiés sur cette race. Sur une trentaine d’individus de l’intérieur, il déclare en avoir vu quelques-uns qui étaient d’une laideur remarquable, tandis que d’autres, — contrairement à toutes ses idées antérieures, — présentaient une figure décidément belle (had the face decidedly fine). Il termine ses observations en disant : « Chose étrange, je regarderais l’Australien comme le plus beau modèle des proportions humaines sous le rapport du développement musculaire. Il combine la plus parfaite symétrie avec la force et l’activité, tandis que sa tête pourrait être comparée au masque antique de quelque philosophe. » Il y a loin, on le voit, de ces appréciations à celles qui se lisent dans quelques-uns des ouvrages les plus récens, et il est clair qu’il faut renoncer à trouver dans la forme générale du corps, dans les caractères extérieurs, des différences assez grandes pour séparer l’Australien de l’espèce humaine représentée par le blanc.

Les polygénistes sont-ils mieux fondés en appuyant leurs opinions sur les différences de l’ordre intellectuel et sur les manifestations qui en résultent ? L’industrie par exemple est-elle nulle chez les Australiens ? Bory l’a affirmé. Il a prétendu que ces peuples ne savaient ni se construire une cabane même temporaire, ni s’armer d’autre chose que de perches à peine dressées et amincies aux deux bouts… Toutes ces assertions ont été répétées, Eh bien ! Bory oubliait les faits observés déjà par Perron pendant une relâche à la terre d’Entracht, et d’où il résulte que les indigènes savaient se creuser dans une roche friable des logemens dont les parois présentaient des cavités destinées à placer leurs ustensiles. Il oubliait que le même Perron avait rapporté d’Australie une hache de pierre fixée à son manche par un mastic d’une dureté telle qu’il excita l’étonnement de tous nos chimistes, et. que l’un d’eux, Laugier, voulut en faire l’analyse. Il oubliait qu’on avait trouvé dans les mêmes contrées des armes de chasse et de guerre très diverses. Depuis cette époque ; nos renseignemens se sont encore complétés ; mais sans parler des plus récens, comment se fait-il