Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/659

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à tant de peuples, d’un esprit du bien et d’un esprit du mal. Aux environs de Sidney, l’esprit du bien se nomme Coyan. C’est lui qu’on invoque lorsqu’il s’agit de retrouver les enfans égarés. Pour se le rendre favorable en pareil cas, on lui fait une offrande de dards : si les recherches sont vaines, on en conclut que Coyan a été irrité d’une manière quelconque. Le mauvais génie s’appelle Potoyan ; il rôde pendant la nuit autour des cabanes, cherchant à dévorer leurs habitans. À côté de ces divinités supérieures, l’Australien place des génies secondaires, entre autres les wanguls, monstres aquatiques qui rappellent les kelpies d’Ecosse, et les balumbals, espèce d’anges ou mieux fées des bois qui vivent de miel. Tout ce que Cuningham nous a appris sur ces croyances est pleinement confirmé par les informations recueillies par Wilkes auprès des missionnaires de Wellington. Seulement les noms sont autres, à raison de la différence des dialectes parlés dans l’Australie, et ce fait nous inspire une dernière remarque dont l’importance sera aisément comprise.

Les polygénistes, voyant dans les groupes humains des espèces différentes, sont inévitablement entraînés à les circonscrire d’une manière tranchée, à rapporter à chacun d’eux, comme lui étant exclusivement propres, quelques traits physiques intellectuels ou moraux dont ils puissent faire autant de caractères spéciaux, ils ne pouvaient manquer d’en agir ainsi avec les Australiens, et c’est à cette tendance qu’il faut surtout attribuer ce qui a été dit des traits de leur visage, des proportions de leurs membres, représentés comme entièrement exceptionnels. Les mêmes assertions se sont produites au sujet de leur langage. On a presque nié qu’ils eussent une langue proprement dite et pussent émettre des sons vraiment articulés. Au point de vue linguistique comme sous le rapport physique, on a voulu voir en eux des êtres entièrement à part. Or ces deux faits ne sont pas plus vrais l’un que l’autre. On a vu plus haut ce qu’il fallait penser de la forme. Ajoutons que la population australienne n’est nullement homogène, et que d’une tribu à l’autre on constate des différences physiques marquées, à ce point que Cuningham parle de peuplades à teint cuivré. Enfin citons un fait bien remarquable : Pickering a retrouvé parmi les peuplades drawidiennes de l’Inde des individus qui reproduisaient tous les traits caractéristiques des Australiens, si bien qu’à en juger seulement par la ressemblance physique, ces populations séparées par de si grands espaces n’en seraient pas moins extrêmement proches parentes.

Eh bien ! c’est précisément au même résultat qu’a conduit la comparaison des langues. Dans son excellent livre intitulé la Terre et l’Homme, M. Alfred Maury a reproduit et sanctionné de son autorité les conclusions auxquelles était arrivé M. Logan. Un autre linguiste,