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chalik chrétien aux yeux de lord Dufferin, ne devait guère recommander cette innovation au commissaire français ; mais le commissaire français croyait sans doute important de faire prévaloir d’abord le principe d’un gouvernement chrétien pour toute la montagne, et nous reconnaissons que ce principe a son importance, s’il est pris dans son sens naturel, si un pacha chrétien veut dire un pacha qui ne sera pas soumis à la volonté du premier Turc venu. Si au contraire il y a des chrétiens en Orient qui sont Turcs par intérêt et par calcul, qui gardent le nom et les rites chrétiens parce que, dans l’état de l’Orient, ce nom de chrétien peut servir de titre d’avancement à un fonctionnaire, en même temps qu’il servira d’expédient à la Porte-Ottomane pour se défendre contre les plaintes des puissances européennes; s’il y a des chrétiens de ce genre, plus attachés au sultan qu’à leur foi, et qui ne sont, pour ainsi dire, d’aucun pays, sinon des bureaux de la Porte-Ottomane; si c’est un chrétien de cette condition qui est pacha du Liban, je ne vois pas quelles garanties le pachalik chrétien pourra donner aux chrétiens du Liban.

Quand le commissaire français voulut passer du pacha chrétien au pacha indigène, et qu’il proposa pour gouverneur du Liban un Maronite, un membre de la famille Cheab, il trouva dans lord Dufferin un ardent adversaire, et les autres commissaires rejetèrent aussi sa proposition, si bien que le commissaire français se trouva seul contre quatre. « La tentative de restaurer le gouvernement de l’émir Béchir n’était, disait lord Dufferin, qu’un désastreux anachronisme. L’émir Béchir était un despote sauvage et énergique, mahométan pour moitié, chrétien pour un quart, Druse pour un quart, et je reconnais qu’à force d’assassiner ses ennemis, de crever les yeux à ses rivaux, de répandre la terreur parmi ses sujets, il a réussi à se soumettre la montagne; mais, parce que cet homme exceptionnel était un Cheab, s’imaginer que la dupe de quelques prêtres, descendant de cette famille usée, pourra, parce qu’il est un Cheab, contenir tous ces élémens en fermentation avec lesquels nous avons à traiter maintenant, c’est là une grande illusion [1]. » L’idée de confier le gouvernement, de la montagne à un Maronite, à un descendant de la famille Cheab, n’étant soutenue que par la France, devait succomber [2]. Chaque membre de la commission internatio-

  1. Documens anglais, p. 335, n° 255.
  2. Voici (ibid., p. 406, n° 311) le résultat de la délibération de la commission de Beyrouth sur les plans d’organisation du Liban : « Art. 1er. Un gouverneur chrétien pour toute la montagne, — non indigène de la province (réserve de lord Dufferin), — non indigène, sur le choix duquel la Porte devra s’entendre avec les représentans des cinq puissances (réserve de M. Rehfues, commissaire prussien), — non indigène (réserve de M. de Weckbecker, commissaire autrichien), non indigène (réserve de M, Novlkov, commissaire russe), indigène réserve de M. Béclard, commissaire français). — Art. 2. Le territoire du Liban sera maintenu dans ses anciennes limites, sauf les rectifications jugées nécessaires. — Art. 3. Abolition du régime des deux caïmacamies et des mokatas. — Art. 4. Division du Liban en un certain nombre de circonscriptions administratives, renfermant autant que possible des élémens homogènes, c’est-à-dire appartenant au même culte. — Art. 5. Abolition du système féodal et des privilèges qui s’y rattachent. — Art. 6. Égalité de tous devant la loi. — Art. 7. Garanties judiciaires et administratives, identiques pour toutes les communautés habitant le Liban. — Art. 8. Séparation du pouvoir administratif et judiciaire. — Art. 9. Institutions au siège du gouvernement d’un medjelis administratif et d’un medjelis judiciaire, formant l’un et l’autre le degré supérieur de juridiction. — Art. 10. Il y aura dans chaque circonscription un medjelis administratif et un medjelis judiciaire de première instance. »