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de la chasse au renard. Nous assistâmes le lendemain à cette scène pittoresque, dont les Anglais ne se lassent jamais. Malheureusement le succès ne répondit point à nos espérances. Après une course brillante, on perdit le renard, que les chiens avaient forcé hors de ses quartiers favoris, et il était trop tard pour en chercher un second. Malgré le fâcheux résultat de la journée, mon ami, qui est connaisseur, n’en donna pas moins de grands éloges à la manière dont la chasse avait été conduite. « Il y a parmi nous, me dit-il, les artistes et les hommes d’affaires ; les premiers cherchent le sport, les seconds ne se soucient que de tuer le renard. Je me rangerai, modestie à part, parmi les artistes, et je dis que des défaites imméritées font souvent plus d’honneur à la meute et à la troupe des chasseurs que certaines victoires dues au hasard. « Mon ami le sportsman n’avait pas l’intention de prolonger son séjour parmi les gais meltoniens, ainsi qu’on les appelle en Angleterre, et il me proposa de m’emmener dans son comté, où je verrais, ajouta-t-il, la chasse au renard telle qu’elle se pratique au milieu des populations agricoles. J’acceptai de grand cœur son invitation, et nous continuâmes notre voyage. Ce comté, que je ne puis nommer par des raisons de convenance qu’on comprendra tout de suite, est un des plus célèbres pour le fox-hunting, et dès notre arrivée nous pûmes assister à un divertissement qui se renouvelle, dans l’endroit où nous étions, trois fois la semaine.


III

Il n’est guère de scène plus intéressante qu’un rendez-vous de chasse au renard dans les campagnes ; les chaudes poignées de main qu’échangent entre eux les sportsmen, le piaffement des chevaux, le claquement des fouets, les aboiemens sonores des chiens, qui témoignent leur impatience et semblent parfaitement savoir ce qu’ils viennent faire, tout annonce un jour de fête. Ce rendez-vous (meeting) était fixé au centre des couverts (coverts) qu’on se proposait de battre dans la matinée. Au moment où nous arrivâmes, mon ami et moi, sur le terrain, nous trouvâmes un groupe de fermiers et de chasseurs assemblés, parmi lesquels se détachait une belle et jeune chasseresse à cheval, revêtue d’un costume un peu extravagant, mais dont les joues, animées par l’air frais du matin et par l’attrait d’un divertissement favori, brillaient des couleurs les plus vives et pourtant les plus délicates. La conversation roulait, selon l’usage, sur le temps de la journée, qui promettait d’être favorable ; il n’y avait ni épais brouillard, ni vent impétueux, — ces deux grands ennemis de la chasse au renard. Aussi les sportsmen et