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de 48 membres ; le président nommé par le roi, M. de Montagu, vicomte de Beaune, petit-fils par sa mère du maréchal duc de Berwick, appartenait à une des plus anciennes familles du pays, qui avait fourni au XIIIe siècle un grand-maître de l’ordre du Temple, et sous le roi Jean un chancelier de France. L’évêque de Saint-Flour siégeait en tête du clergé, l’évêque de Clermont s’étant excusé sur sa mauvaise santé ; dans la noblesse siégeaient le marquis de Laqueuille et le marquis de La Fayette, nommés plus tard tous deux aux états-généraux, où ils figurèrent dans des rangs opposés ; dans le tiers-état, des avocats, des négocians, les maires des principales villes. Les procureurs-syndics élus furent, pour les deux premiers ordres, le comte de Lastic-Lescure, et pour le tiers-état M. Reboul, maire de Clermont.

Né en 1757, La Fayette avait alors trente ans. Revenu depuis deux ans seulement de la guerre d’Amérique, vainqueur de Cornwallis et ami de Washington, il était dans tout l’éclat de sa gloire et de sa popularité. Brave, spirituel, généreux, aventureux jusqu’au romanesque dans ses discours comme dans ses actes, peu d’hommes ont réuni à ce point les qualités brillantes qui charment les Français. La cour et la ville, comme on disait alors, raffolaient de ce jeune marquis républicain, qui parlait avec tant de grâce un langage si neuf et qui osait dire tout haut ce qu’on pensait tout bas. Le roi s’était empressé de le nommer maréchal-de-camp, la reine le comblait des attentions les plus délicates. Le gouvernement l’avait appelé, malgré son âge et son grade, à faire partie de l’assemblée des notables, où il traita d’égal à égal avec les princes du sang. « Comment, monsieur ! s’était écrié le comte d’Artois, vous demandez des états-généraux ? — Oui, monseigneur, et même mieux encore. » De pareils mots enflammaient les esprits en leur ouvrant des perspectives infinies. Même aujourd’hui, après tant d’expériences, on se laisse séduire malgré soi par l’entraînement de ces souvenirs, et cependant, lorsqu’on examine de sang-froid l’influence de La Fayette sur la révolution, on est bien près de se demander s’il n’a pas’fait autant de mal que de bien à ses propres idées. Nul ne pouvait prévoir alors les tristes journées du 6 octobre et du 10 août ; on s’abandonnait sans réflexion à l’ivresse de l’espérance. Nommé par le roi membre de l’assemblée provinciale d’Auvergne et allié d’assez près à la famille du président[1], La Fayette y exerça une influence dominante.

Les procès-verbaux de l’assemblée préliminaire du mois d’août

  1. Le marquis de Montagu, fils du vicomte de Beaune, venait d’épouser une des cinq filles du duc d’Ayon et par conséquent une sœur de Mme de La Fayette.