Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 42.djvu/447

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« Depuis la crise, disait dernièrement un chef de police à un voyageur français, les cabarets sont fermés et les églises sont pleines. »

L’esprit catholique brille surtout par la charité, par Tardent et profond amour du pauvre. Il n’y a rien, dans les œuvres du protestantisme, d’aussi admirable que l’institution sublime des sœurs de charité, et de nos jours une foule d’autres fondations, inspirées par le zèle le plus ingénieux et le plus passionné, montrent que cette source immortelle ne tarit pas. Il faut cependant avoir le courage de le dire, ce noble dévouement n’a pas toujours été assez éclairé. L’église catholique a trop aimé la pauvreté, elle l’a trop sanctifiée en quelque sorte, elle a trop prêché la charité pour elle-même, pour l’édification de celui qui la fait. L’idéal de l’aumône, c’est de se rendre inutile. Le texte dont on s’appuie pour dire la pauvreté impérissable n’est pas exactement cité. L’Évangile ne dit pas vous aurez, mais vous avez toujours des pauvres parmi vous : pauperes semper habetis vobiscum, ce qui est bien différent. Quand même la pauvreté devrait être la plus forte, notre devoir serait toujours de la poursuivre dans son principe, afin de la détruire autant que possible. Sous ce rapport, l’économie politique a quelque chose à apprendre à la religion ; l’instrument le plus puissant de la charité serait l’union de la foi et de la science.

Cette union se fera certainement, car l’incompatibilité n’est qu’apparente. Malthus, dont on dit tant de mal, a écrit un chapitre intitulé : De la direction à donner à notre charité, dont on ne saurait trop recommander la lecture. « En intéressant les hommes, dit-il, au bonheur et au malheur de leurs semblables, l’instinct bienfaisant que la nature a mis en eux les engage à porter remède aux maux partiels qui résultent des lois générales ; mais si cette bienveillance ne distingue rien, si le degré de malheur apparent est la seule mesure de notre libéralité, il est clair qu’elle ne s’exercera que sur les mendians de profession : nous secourrons ceux qui auront le moins besoin de secours, nous laisserons périr l’homme actif et laborieux luttant contre d’inévitables difficultés. Il en est bien autrement de cette charité intelligente et active qui connaît en détail ceux dont elle soulage les peines, qui sent par quels étroits liens sont unis le riche et le pauvre et s’honore de cette alliance, qui visite l’infortuné dans sa maison et ne s’informe pas uniquement de ses besoins, mais de ses habitudes et de ses dispositions morales. Une telle charité impose silence au mendiant effronté qui n’a pour recommandation que les haillons dont il affecte de se couvrir ; elle encourage au contraire, elle soutient, console, assiste avec libéralité celui qui souffre en silence des maux immérités. Il est impossible de pratiquer une