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à l’extrémité du royaume, éloignée de tous les ports, manquant des matières premières qu’elle tire à grands frais de l’Espagne, était parvenue, malgré tant d’obstacles, à un point qu’elle ne pouvait espérer. Mille métiers en activité fabriquaient vingt mille pièces de draps fins de 24 à 26 aunes, qui se vendaient depuis 18 jusqu’à 34 livres l’aune, et qui produisaient une somme de 10,780,000 liv., tirée en grande partie de l’étranger. Le dernier traité a brisé les barrières protectrices des fabriques nationales. Les Anglais achèteront par de premiers sacrifices l’avantage de les écraser ; ils peuvent mettre leurs draps à des prix si bas qu’ils arrêteront toute concurrence et attireront à eux seuls ce commerce important. » Ces plaintes étaient bien un peu en contradiction avec le vote précédent, mais l’assemblée ne se piqua pas d’être fort logique ; elle accueillit les réclamations des manufacturiers de Sedan, et chargea son président d’interposer ses bons offices auprès du conseil du roi.

Une autre délibération roula sur la liberté d’exportation pour les grains, qui venait d’être instituée par édit royal. Sur le rapport de l’évêque de Toul, l’assemblée opina que cette liberté ne devait pas être illimitée, et que, quand le quintal de blé aurait atteint sur le marché de Metz le prix de 12 livres 10 sols, ce qu’elle espérait ne voir arriver jamais, le roi serait supplié d’arrêter l’exportation, à la condition toutefois que l’assemblée provinciale de Lorraine se réunirait à celle des Trois-Évêchés pour en faire la demande. C’était mettre une bien basse limite au prix du blé dans la province, où il était en effet moins cher que dans le reste du royaume ; au point de vue économique, c’était une erreur, mais une preuve de désintéressement de la part des propriétaires qui formaient l’assemblée.

Pour les vingtièmes, l’assemblée offrit la moitié de l’augmentation demandée, à la condition qu’elle en ferait elle-même la répartition. Comme elle annonçait l’intention de toucher aux formes jusqu’alors suivies par le clergé pour la levée de sa part d’impôt, les membres de cet ordre protestèrent, non sans quelque raison, car ces formes traditionnelles allégeaient beaucoup le fardeau pour les ecclésiastiques pauvres ; tout en posant le principe d’une contribution additionnelle de la part du clergé, les instructions ministérielles avaient admis le maintien des anciennes formes.

Tous les rapports sur les travaux publics furent faits par l’évêque de Verdun, M. Desnos. Telle était alors l’occupation favorite du successeur de ces grands évêques de Verdun qui accolaient dans leurs armes l’épée avec la crosse et qui tenaient tête aux rois et aux empereurs. Mais ce qui parut passionner le plus les esprits par suite sans doute de quelque circonstance locale, ce fut une sorte d’acte d’accusation dressé par l’évêque de Toul, au nom du bureau du bien