Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 44.djvu/937

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autre grande puissance. Les seules dépêches intéressant la navigation, expédiées d’Angleterre à ces divers points et de ces divers points pour l’Angleterre, seraient d’une importance inappréciable pour les négocians, les armateurs et les marins ; les dépêches politiques seraient d’un prix infini pour les gouvernemens des colonies et pour le gouvernement central. Les escadres anglaises, répandues sur les divers points du globe, pourraient n’être que le dixième de ce qu’elles sont, si les îles britanniques et leurs possessions lointaines étaient enlacées par un réseau télégraphique. Lorsqu’on apprendrait par le télégraphe qu’un bâtiment de guerre est nécessaire aux Antilles, ce bâtiment pourrait s’y rendre d’Angleterre dans un temps plus court qu’il ne faut en ce moment pour détacher un navire de l’escadre des Bermudes. »

Il n’y a dans tout ceci qu’une esquisse rapide des travaux à faire, et on ne soupçonnait sans doute alors aucune des difficultés imprévues qui pouvaient surgir sur la route que l’imagination des écrivains anglais parcourait si rapidement. Les projets télégraphiques seraient infinis en nombre et surtout en étendue, si l’on enregistrait toutes les rêveries des hommes étrangers à la science. Nous ne pouvons nous intéresser qu’aux entreprises qui ont été conçues et étudiées par des savans initiés aux difficultés géographiques de même qu’aux obstacles scientifiques de ces opérations, et nous choisirons parmi ces projets ceux qui intéressent plus spécialement le monde politique et commercial.


I

Les projets qui ont pour but de mettre l’Amérique en communication avec l’Europe sont au nombre de quatre. En étudiant la configuration de l’Atlantique, les ingénieurs ont trouvé quatre lignes où la disposition plus ou moins heureuse des continens et des îles semble favorable à l’immersion de grands câbles sous-marins. La première part du Portugal [1], passe aux Canaries, à l’archipel du Cap-Vert et aboutit au Brésil. La seconde part également du Portugal

  1. Lorsqu’on suit sur une mappemonde ou sur un planisphère le tracé des lignes télégraphiques sous-marines, il est impossible d’apprécier exactement les distances, parce qu’une surface sphérique comme celle du globe terrestre ne peut être représentée sur une feuille plane sans que les dimensions soient inégalement altérées. Le défaut de proportion entre les contrées dessinées sur une même page produit des illusions contre lesquelles l’esprit doit se tenir en garde. Les cartes à projection homalographique de M. Babinet, notamment son planisphère, évitent en partie cette cause d’erreur et permettent d’évaluer les longueurs avec plus de précision. Néanmoins la distance entre deux Iles éloignées ne peut être connue avec exactitude qu’autant qu’elle a été calculée par les formules mathématiques que les marins emploient.