Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/131

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enchantant les Samaritains, autrement dit les païens, prêchant l’hérésie, père de la simonie et de toutes les fausses doctrines qu’on lui attribue l’une après l’autre, tâchant de séduire Pierre et Jean l’argent à la main, Simon le Magicien semble créé tout exprès pour rendre odieux aux chrétiens ce Paul qui parlait parfois de ses extases, qui prétendait avoir aussi sa mission apostolique en se fondant sur ses étonnans succès parmi les païens, qui enseignait des nouveautés, et qui, dans un élan de son cœur, pour rétablir par des procédés fraternels l’union rompue par le dogme, avait décidé les églises grecques à envoyer des secours pécuniaires à celle de Jérusalem, que la communauté des biens avait rendue fort misérable. Et qu’on ne croie pas qu’il s’agit là d’une manœuvré isolée. Il est toute une lourde littérature, mi-romanesque, mi-théologique, échafaudée sur le nom de Clément. Un très ancien livre apocryphe, intitulé Prédication de Pierre, se trouve encadré au second siècle dans un roman plusieurs fois remanié qui s’appelle tantôt les Reconnaissances, tantôt les Homélies Clémentines. Le thème fondamental est toujours une sérié de victoires remportées par l’apôtre Pierre sur Simon, le faux docteur, qu ? il suit de lieux en lieux, et qu’il terrasse constamment par son argumentation judéo-chrétienne. Au second siècle, Simon sert à caricaturer Marcion ; mais Paul est encore parfaitement reconnaissable sous les traits odieux qu’on lui prête. Dans les Homélies surtout, on appelle Paul l’ennemi, et on retourne totidem verbis la fameuse scène d’Antioche, mais cette fois de manière à lui donner tous les torts. Cette littérature fut très populaire. Les auteurs de ces livres croyaient certainement appartenir à la tendance la plus répandue de leur temps.

Il est donc avéré que l’apôtre Paul a été extérieurement vaincu dans sa tentative hardie d’émanciper le christianisme naissant de toute entrave judaïque. Cependant une telle défaite était plus apparente que réelle. Il avait devancé son temps, comme tous les grands initiateurs, et cent ans après lui la chrétienté devait arriver d’elle-même sur les terres où il eût voulu la mener dès les premiers jours. On n’échappe pas à la longue à la logique du principe dont on est porteur. Le monde marchait vers une religion universelle, et le christianisme avait en lui-même ce qu’il fallait pour être cette religion. Il n’avait, pour remplir sa mission, qu’à se conformer, sur sa base essentielle, aux exigences de la situation. Les deux universalismes, celui du principe chrétien et celui des esprits en général, se réunirent pour supprimer l’une après l’autre les formes juives les plus antipathiques au monde gréco-romain. À la circoncision, par exemple, se substitua le baptême ; la première fut encore pendant quelque temps une marque de supériorité, et finit par disparaître. La multitude des observances fut ramenée peu à peu à quatre ou