Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


corps. C’est là d’ailleurs la question qui depuis cinq ou six ans a joué sans cesse le premier rôle dans la théorie mécanique de la chaleur. Nulle part on n’est plus près des faits primordiaux qu’il importe de constater. Entre le mouvement vibratoire qui constitue la chaleur et le mouvement de dilatation moléculaire qui augmente le volume du corps, la relation est directe, facile à définir. Elle se prête à l’analyse mathématique. Aussi a-t-elle été pour les géomètres l’objet de calculs très étendus et très complets. Cette étude, intéressante par elle-même, en a pris une importance spéciale. Elle est devenue une sorte de place d’armes dans l’intérieur de laquelle on a établi les vérités fondamentales qui servent de base à la théorie dont nous poursuivons en ce moment l’exposition. La dilatation des corps solides ou liquides, par la raison qu’on a pu entrevoir tout à l’heure, a présenté des difficultés d’analyse qui n’ont pas permis d’aller au fond des choses ; mais celle des gaz, des vapeurs, a été complètement étudiée dans des mémoires originaux, parmi lesquels on doit citer un récent Commentaire aux travaux publiés sur la chaleur considérée au point de vue mécanique, par M. Résal, ingénieur des mines, — un mémoire sur l’Équivalent mécanique de la chaleur, de M. Bélanger, professeur à l’École centrale, et un travail de M. Ch. Combes en cours de publication dans le Bulletin de la Société d’encouragement.

Introduites dans l’étude de la chimie, les idées nouvelles n’y furent point stériles. On avait bien songé depuis longtemps à comparer au travail mécanique proprement dit cette autre sorte de travail qui est due aux affinités chimiques : c’était là une question tout à fait pratique, puisqu’en résumé les actions chimiques sont l’origine de presque tout le travail qui se produit parmi nous, et que l’une d’elles, la combustion du charbon, fait tourner la plus grande partie de nos machines ; mais entre le travail chimique et le travail mécanique on n’avait aucun terme de comparaison. La chaleur, envisagée au point de vue où nous l’avons maintenant montrée, se présenta comme une mesure commune de ces deux natures de travaux, comparables sans doute entre eux par une conception théorique[1], mais complètement dissemblables en fait. La chaleur au contraire devenait pratiquement comparable aux uns et aux autres. Ainsi ce fut un fait facile à constater qu’un kilogramme d’hydrogène, en se combinant avec l’oxygène, dégage 34,462 calories, et

  1. On peut regarder l’acte de la combinaison entre molécules, entre les atomes de l’oxygène et ceux du charbon par exemple, comme semblable à l’acte de la chute d’un corps contre la terre. Si le charbon brûle, c’est que les atomes du gaz comburant se précipitent sur lui. De la masse et de la vitesse de ces atomes on conclurait le travail dû à cette chute.