Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/299

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


niers momens de chansons et de poésies légères, et non de philosophie et d’immortalité : nihil de immortalitate animœ et sapicutium placitis.

On voit dans Sénèque un condamné qui, jusque sur le champ du supplice, s’occupe de l’immortalité de l’âme avec son philosophe : prosequebatur illum philosophus suus. « Je me propose, disait-il au sage qui l’assistait, d’observer, dans ce rapide passage de la vie à la mort, si je sentirai partir mon âme, et dans le cas où je découvrirais quelque chose sur la vie future, il ne dépendra pas de moi que vous n’en soyez informé. » Sénèque a bien raison de s’écrier que jamais homme n’a philosophé plus longtemps, puisque, non content d’apprendre jusqu’à la mort, il a voulu apprendre quelque chose de la mort même.

Voilà bien assez d’exemples qui prouvent que la philosophie n’est plus, comme autrefois, une simple recherche scientifique, un luxe de l’esprit, une distraction élégante et un exercice d’école. On y cherche un refuge, on lui demande de plus en plus des lumières pour la conduite de la vie, un appui, des leçons de courage, des espérances. Dans les malheurs publics et privés, c’est elle qu’on implore. Le monde, revenu de la superstition païenne, a mis sa foi dans l’humaine sagesse et dans ceux qui la professent dignement. Les âmes d’élite, autrefois si paisibles dans le doute, commencent à ressentir de généreuses inquiétudes et une sorte de curiosité émue devant les grands problèmes de la vie. La désoccupation politique, la tristesse des temps, l’incertitude du lendemain, la satiété des plaisirs, d’autres causes encore, ajoutent un nouveau prestige à l’antique autorité de la philosophie. Les sages de profession, se sentant plus écoutés, plus respectés, plus nécessaires, se font un devoir de se charger des âmes, et prennent un accent pressant et impérieux. Ils dirigent, ils consolent, ils réprimandent, et mettent de plus en plus l’éloquence au service de la morale. La doctrine dominante, dont la fière austérité convenait à une société qui avait surtout besoin de courage, le stoïcisme, affecte un ton religieux, établit des dogmes moraux, impose à ses adeptes un maintien, répand ses principes par une active propagande, et fait de son enseignement une sorte d’apostolat. Il ne suffît plus à la philosophie d’éclairer les esprits : il s’agit de former les âmes, de les changer, de les convertir. Comme une religion, elle a sa discipline, ses prescriptions familières, ses conseils appropriés aux diverses situations de la vie, en un mot sa pratique. Telle était, il ne faut point l’oublier, la philosophie qui inspira les vers de Perse; tel fut cet enseignement, plein d’énergie et de foi, qui a pétri l’âme du poète; pareils aussi furent les hommes avec lesquels il a vécu, et qui l’ont échauffé de leur génie et de leur éloquence. En essayant de peindre