Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 52.djvu/253

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a été donnée par la saisie de l’Alexandra et des vaisseaux blindés de Liverpool, un conflit inattendu entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire en Angleterre a réveillé leurs appréhensions et ôté toute sécurité à l’avenir. Le gouvernement anglais a encore témoigné de son amour de la paix en se décidant tout récemment à faire lui-même l’achat des deux steamers blindés saisis à Liverpool : désespérant d’obtenir la condamnation des constructeurs dans les cours anglaises, il est entré en arrangement direct avec eux et a définitivement empêché le départ de ces nouveaux et plus terribles Alabama. On a réussi de même à changer la direction de l’Alexandra, malheureusement ces solutions de fait n’ôtent rien aux incertitudes qui enveloppent la question de droit. Le conflit provoqué par l’affaire de l’Alexandra est d’autant plus redoutable qu’il obscurcit en quelque sorte complètement tous les principes qui doivent servir de guide aux nations. Les actes de neutralité que certains pays, l’Angleterre et les États-Unis par exemple, ont inscrits dans leurs codes ne tirent leur force et leur valeur que des principes généraux du droit des gens qu’ils sont destinés à protéger ; mais, si l’application et l’interprétation de ces lois conduisent à des conséquences qui soient en opposition avec ces principes, elles deviennent un embarras au lieu d’être une protection. Si l’Angleterre n’avait pas eu de foreign enlistment act, le gouvernement américain aurait sans doute obtenu plus facilement les justes satisfactions qu’il a demandées au gouvernement anglais depuis le commencement de la guerre civile. L’action diplomatique des deux pays a sans cesse été gênée par les lenteurs et les équivoques juridiques. Le ministre des États-Unis s’adressait directement au ministre des affaires étrangères de la reine ; mais à tout moment celui-ci s’effaçait et faisait intervenir ces personnages anonymes qu’on appelle les conseillers légaux de la couronne : tantôt ces conseillers ne trouvaient pas concluans les témoignages à l’aide desquels M. Adams cherchait à démontrer la criminalité des armemens faits en Angleterre, tantôt leurs lenteurs ôtaient toute efficacité à leurs avis. Gardiens fidèles des traditions anglaises, ils fournissaient de promptes réponses à lord Russell quand il avait à répondre aux marchands qui se plaignaient de la sévérité des croiseurs américains. Dans les enquêtes relatives aux affaires de l’Alabama, de l’Alexandra et des vaisseaux cuirassés, ils reprenaient au contraire le rôle de simples avocats, et tout occupés à soulever des objections, à obtenir des délais, à soumettre à une critique sévère les pièces qui leur étaient fournies, ils semblaient oublier le côté politique des questions sur lesquelles ils étaient appelés à donner un avis. L’Angleterre est plus qu’aucun autre peuple attachée à ses institutions ; mais ce sentiment même, si légitime et si honorable qu’il soit, donnerait