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DE L'ENSEIGNEMENT
DES
ARTS DU DESSIN

Tous les arts du dessin, peinture, sculpture, architecture, sont depuis quelque temps chez nous dans un état de malaise et de crise que les plus optimistes ne peuvent contester. Sous quelque drapeau qu’on se range, qu’on soit du parti du dessin, qu’on soit du camp de la couleur, qu’on tienne pour l’idéal ou pour le réalisme, chacun, à sa manière, reconnaît et confesse que l’art en France décline et s’amoindrit. Coup sur coup, depuis quelques années, nous avons vu s’éteindre, presque tous avant l’heure, les hommes qui soutenaient le mieux, qui promettaient de soutenir encore l’honneur de notre école, et non-seulement il n’apparaît personne qui soit de taille à les faire oublier, mais l’envie même de les remplacer, l’ambition d’hériter d’eux, ne se manifestent nulle part. Est-ce faute de talent ? Non, toute sève n’est pas morte, il nous naît encore des artistes, seulement ils sont d’un autre ordre que ceux que nous perdons. Cette jeunesse intelligente, habile, qui s’avance et qui bientôt aura tout envahi, ne croyez pas qu’elle aspire à de bien hautes destinées. Son but est des plus modestes ; il lui faut le succès, le succès avant tout, n’importe par quel moyen. De l’éclat, peu d’études et beaucoup de profit, voilà son rêve, voilà comment elle use du talent quand par hasard Dieu le lui donne. Elle se résigne au terre-à-terre, disons mieux, elle en a le goût.

Aussi nous comprenons qu’en face de tels symptômes les hommes à qui chez nous l’état confie le soin de faire fleurir les arts se soient sérieusement émus, et que l’idée leur soit venue de modifier les