Page:Revue des Deux Mondes - 1865 - tome 57.djvu/855

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qui constituent les plaines et les montagnes sont ce que la minéralogie appelle des sels. Or, dans ces sels formés d’un oxyde et d’un acide, l’oxygène est un des élémens principaux, et l’on a calculé que ce gaz si léger, ce principe de toute vie, entre pour moitié dans le poids des matériaux dont est faite la croûte terrestre. L’oxygène encore répandu dans l’atmosphère se solidifiera donc aussi à son tour. les animaux, les plantes empruntent une partie de leur subsistance à l’air, et en mourant ajoutent leur dépouille à la croûte terrestre. Sans cesse les couches solides s’accroissent aux dépens des couches gazeuses. Ainsi le froid nous gagne, l’atmosphère se dépose sur le soi en se pétrifiant, et le temps viendra où la terre, semblable à son froid satellite, roulera dans les deux, planète morte et privée à jamais de cette faune variée, de cette flore épanouie qui l’embellis, sent aujourd’hui. Avant que ne soient accomplis l’aplatissement général et l’universelle congélation, l’humanité aura depuis longtemps disparu ; mais si c’est d’une telle mort que finissent les planètes, ainsi devront mourir aussi les soleils et une à une s’éteindront les étoiles, comme les flambeaux qu’on souffle quand la fête est terminée. Tout a commencé par le feu, par l’expansion, par le rayonnement, par la lumière ; tout doit aboutir au froid, à l’inertie, à la glace, aux ténèbres éternelles. Drame étrange et lugubre s’il n’y avait rien au-dessus de la matière qui se transforme et devient ! L’infinité des mondes et l’éternité des siècles n’y changent rien, car par la pensée nous pouvons saisir la marche de la pièce, et, le rideau tombé, les corps célestes peuvent durer toujours, dans l’absence de toute vie et de toute lumière. Au lieu du progrès indéfini, c’est la réalisation du cauchemar de Byrbn intitulé Darkness : — It was a dream, but it was not all a dream ; « c’était un rêve, mais ce n’était pas tout à fait un rêve. » Telles sont les insondables perspectives qui, d’interrogation en interrogation, s’ouvrent devant l’esprit épouvanté, tant la vue des hautes montagnes l’entraîne invinciblement à rechercher l’origine et la fin des choses et à remonter le cours des âges. Les ruines des monumens de l’homme vous transportent en arrière à. quelques siècles, mais les ruines des monumens de la nature parlent de millions de siècles.


V

Le principal intérêt que présente le versant septentrional des Alpes pennines, c’est la majesté et la variété de ses aspects, car la plupart de ces vallées sont très peu habitées. Quelques-unes d’entre elles, comme la plus grande partie du Turtmann-Thal, ne sont visitées que pendant l’été par les pâtres qui y conduisent leurs