Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 65.djvu/461

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


centre [1]. C’est donc en tout quarante villes ayant besoin de garnisons. Or il n’y a pas de ville au Mexique d’où puisse être délogée une force de 500 Français ; depuis la destruction de l’armée juariste, il n’y a pas de bande qui ose livrer combat à une pareille force : ce sera bien moins à craindre encore quand tous les petits corps de la légion étrangère composée de Français, rattachés entre eux par l’unité de commandement du chef de la légion, s’appuieront les uns sur les autres. Les Mexicains, abrités derrière des murailles, résistent avec une rare énergie, — le siège de Puebla en a fourni une preuve éclatante ; — en rase campagne, ils lâchent pied aisément, s’ils n’ont pas derrière eux ce qu’ils appellent l’appoyo (réserve). La légion étrangère servirait de réserve à l’armée mexicaine. — 500 Français de la légion et 500 Mexicains de l’armée, fortifiés dans chaque ville frontière, seraient en mesure de repousser toute attaque du dehors et de former une chaîne douanière difficile à briser. Une force égale, distribuée dans les trente villes du centre et circulant constamment en colonnes mobiles sur toutes les routes dans un rayon respectif de dix lieues, se relierait aux garnisons des villes frontières, et ne tarderait pas à avoir raison du brigandage. Les 40,000 hommes seraient ainsi employés. Quant à la capitale, qui serait le centre des écoles et des dépôts de plusieurs régimens, elle est assez populeuse pour fournir à elle seule le contingent militaire destiné à la protéger. Pour le moment, il ne faut pas songer aux gardes civiques et rurales. Il y a eu des essais malheureux : les armes confiées aux habitans ont été livrées aux guérillas ou se sont tournées contre le gouvernement. On devrait aussi songer aux mesures à prendre pour empêcher les levées arbitraires de soldats armés que chaque particulier se croit en droit de faire pour son propre compte. A Queretaro, nous avons vu un hacendero qui avait équipé à ses frais, pour son service particulier, une troupe de 180 cavaliers armés jusqu’aux dents. Il est temps de faire cesser cette parodie du régime féodal.

Le Mexicain veut qu’on le commande avec énergie. Les armes françaises lui inspirent du respect, il accepte la présence des

  1. Ces trente villes sont réparties de la manière suivante : douze dans les terres chaudes et dix-huit sur les hauts plateaux. Celles des terres chaudes sont : Cordova, Huatusco, Jalapa, Perotte, Orizaba, Ozuluama, Huejutla, Vittoria, San-Fernando, Tehuacan, Atlisco, Oajaca. — Celles des hauts plateaux sont : San-Andres, Tlascala, Celaya, Tepeji, Queretaro, Pachuca, Silao, Guanajuato, San-Luis, Cholula, Cuernavaca, Toluca, Morelia, Acambaro, Santiago-del-Valle, Léon, Lagos, Puebla. Sur les cartes, on décore bien d’autres points du nom pompeux de ville ; ce ne sont que de malheureuses bourgades presque désertes ou de simples ranchos plus misérables que le dernier de nos villages. Pour qui a parcouru le Mexique, l’énumération précédente est des plus exactes.