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en temps dans les dépôts d’instruction qui leur sont désignés. Les jeunes gens disponibles, inscrits sur les contrôles de l’armée avec un certain nombre de soldats dont la libération approche, forment ce qu’on appelle aujourd’hui la réserve. Au 1er janvier 1865, l’effectif de cette prétendue réserve se décomposait ainsi : militaires ayant cinq ou six ans de service, 21,171, et jeunes soldats n’ayant pas servi, restant à domicile et appelés de temps en temps à des exercices dans les dépôts, 175,246, total : 194,317. La différence qui existe entre une réserve de ce genre et la landwehr prussienne saute aux yeux. La recherche du procédé qui donnerait une base nationale et vraiment militaire à l’armée française est précisément le problème à l’ordre du jour.


III

Passons à l’analyse des élémens dont se compose une armée. Le caractère particulier des états-majors est de ne renfermer que des hommes ayant passé l’âge où est dû l’impôt militaire, et qui, loin de songer à changer de profession, considèrent leur grade comme une propriété acquise. On comprend aujourd’hui dans cette classification les officiers-généraux auxquels sont réservés les commandemens, les états-majors spéciaux de l’artillerie, du génie, des places fortes, enfin l’intendance militaire : — en tout 4,717 personnes, entré lesquelles le budget de 1867 partage 21,697,801 francs. On a reproduit dans les Œuvres de Napoléon III un article de journal écrit par le prisonnier de Ham, où il est dit : « L’armée n’a point de réserve ; elle est encombrée de rouages inutiles et dispendieux ; elle a à sa tête cent généraux de plus que les armées de l’empire. » Cela est vrai : les derniers budgets du gouvernement de juillet classaient dans les états-majors 4,165 personnes avec un traitement de 18 millions ; c’est juste le double de ce que coûtait l’état-major des armées d’Austerlitz. Un hasard amène sous mes yeux la liste nominative de tous les officiers supérieurs répartis dans les dix armées que la république tenait sur pied en l’an IV. On trouve là par centaines des guerriers illustres dont quelques-uns s’appellent Jourdan, Moreau, Bonaparte, Hoche, Masséna, Kléber, Desaix, Ney, Murât, Lannes, Soult… Il faudrait trop citer. Tous ces états-majors réunis, composés seulement des officiers actifs, ne fournissent que 1,014 noms, et j’imagine qu’ils coûtaient moins encore que les états-majors d’Austerlitz. Il serait sans doute curieux de rechercher pourquoi le corps où se concentrent la pensée et la direction des armées augmente sans cesse, et si ce luxe de personnel est un avantagé. On trouverait que les états-majors grossissent plus