Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/196

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de ces osars est celui d’Upsal, qui porte le château dans lequel Christine de Suède fit son abdication; tous sont des bancs de sable émergés par le soulèvement de la côte. Les coquilles qu’on y trouve vivent dans les eaux du golfe de Bothnie et plus souvent encore dans les mers arctiques. Les blocs erratiques y ont été déposés par des glaces flottantes. Le niveau actuel du littoral suédois est donc le résultat d’un exhaussement postérieur à la période de froid.

Mais pendant la première époque glaciaire la côte était probablement plus relevée qu’elle ne l’est de nos jours : en effet, tous les terrains de transport récens, quelle qu’en soit la date, sont supérieurs aux roches striées ou reposent sur elles. Le polissage des rochers a donc précédé tous les phénomènes glaciaires et aqueux de la péninsule. Les osars, les argiles coquillières (skalenschicht) émergés recouvrent partout des roches polies et striées. Sur beaucoup de points du rivage, nous l’avons déjà dit, les stries se prolongent sous l’eau à de grandes profondeurs, et la direction qu’elles suivent, la même généralement sur des provinces entières, prouve qu’une nappe de glace d’une grande épaisseur enveloppait toute la Scandinavie. La direction du nord-ouest au sud-est des stries glaciaires en Finlande, continuation de celles de la Suède, démontre également qu’un grand glacier descendu des montagnes de la Scandinavie s’étendait sur les deux pays. Le golfe de Bothnie, si peu profond de nos jours, était probablement à sec, comme il finira par l’être de nouveau, si le soulèvement de la côte suédoise continue encore pendant quelques centaines de siècles. Durant la première époque glaciaire, la Scandinavie n’était donc point une presqu’île, c’était une région continentale unie à la Finlande et au Danemark.

En Norvège, sur la côte occidentale de la presqu’île scandinave, le mouvement ascensionnel de la côte s’est arrêté, mais tout annonce qu’il a eu lieu antérieurement. Déjà en J824 un illustre géologue français, Alexandre Brongniart, détachait des balanes adhérentes aux rochers gneissiques d’Udevalla, près de Gothembourg, à 63 mètres au-dessus de la mer. — En 1846, M. Desor trouvait près de Christiania des serpules fixées sur une roche polie et striée, à 55 mètres d’altitude. Un grand nombre d’autres observateurs, Keilhau, Eugène Robert, Daubrée, Bravais, Chambers, Vogt et Sexe, ont signalé tout le long du littoral, à partir de Christiania jusqu’à Hammerfest, des traces non équivoques d’anciennes oscillations de la côte norvégienne. Ces traces sont de deux sortes. Quand la côte est rocheuse, on voit des érosions échelonnées les unes au-dessus des autres et en apparence parfaitement horizontales. Dans ces érosions, on trouve des galets, des coquilles brisées, des cavités creusées par les eaux, en un mot toutes les traces d’un ancien rivage de la mer. Bravais a prouvé le premier que ces lignes, en appa-