Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de nos jours. Les blocs erratiques d’origine étrangère ne sont pas rares dans l’argile qui renferme ces coquilles : à Paisley, M. Jeffreys en a observé de 2 mètres de long, souvent rayés et usés à la surface. D’autres dépôts se rencontrent jusqu’à la hauteur de 150 mètres au-dessus de la mer, mais ils sont souvent dépourvus de fossiles, et peut-être faut-il les considérer comme des accumulations de débris stratifiés au fond de petits lacs glaciaires étages dans les montagnes.

Après cette première époque de froid pendant laquelle les glaces flottantes du nord venaient déposer leur chargement de blocs erratiques, la côte s’est de nouveau soulevée, les îles se sont réunies les unes aux autres, et une végétation s’est établie sur ces terres émergées. Une coupe étudiée près de Blair-Drummond, dans le golfe de Forth, par M. Jamieson, montre en effet de bas en haut la succession suivante de terrains : 1° à la base, le grès rouge, qui forme le squelette de la contrée; 2° au-dessus, un amas glaciaire de cailloux anguleux; 3° un lit de tourbe contenant des restes d’arbres; 4° une couche d’argile ou boue d’estuaire (carse clay) renfermant des ossemens de baleine, et au-dessus une seconde couche de tourbe avec des souches de chêne et les restes d’une route construite avec des troncs d’arbres placés de champ les uns à côté des autres. Il est donc bien évident qu’après la première période glaciaire marine la côte s’est soulevée, des arbres et des tourbières s’y sont établis, puis la côte s’est enfoncée de nouveau sous la mer. Une baleine est venue s’échouer sur la tourbière immergée, enfin le littoral s’est définitivement exhaussé; des chênes y ont végété, une nouvelle tourbière leur a succédé, et des hommes ont construit pour la traverser un chemin formé de troncs d’arbres. Tout prouve qu’à cette époque les terres se sont de nouveau élevées fort au-dessus de leur niveau actuel. Ainsi pour la seconde fois les îles britanniques étaient unies au continent. Les terres étant plus hautes et par conséquent plus froides, les glaciers descendirent des montagnes et comblèrent les vallées que la mer avait abandonnées; c’est la seconde époque glaciaire, celle des glaciers terrestres, par opposition à l’époque des glaces flottantes que nous venons de décrire. Sir James Hall, Buckland, Louis Agassiz, Charles Maclaren, Robert Chambers et Thomas Jamieson ont successivement trouvé dans les vallées de l’Ecosse, jusqu’à la hauteur de 900 mètres, les roches polies et striées et les cailloux rayés, indices certains d’anciens glaciers. Aux environs même d’Edimbourg, sur les Pentland-Hills et à Arthurscat, on reconnaît les traces de l’ancien glacier qui descendait dans le Firth of Forth. Les moraines sont rares et mal dessinées, mais les blocs erratiques viennent souvent de fort loin. Ainsi M. Ch. Maclaren a signalé dès 1839 sur la