Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/218

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de Friedrichshafen à Ulm, on se trouve en face d’un terrain accidenté composé de graviers et de matériaux transportés formant des collines qui sont le point de partage des eaux du Rhin et du Danube : ce sont les moraines de l’ancien glacier du Rhin, caractérisées par des roches alpines, la boue de glacier et des cailloux rayés. Un meunier, en élargissant le canal de son moulin, a rencontré des silex taillés de main d’homme avec de nombreux débris de bois de renne, des os de glouton, de renard bleu, d’un grand ours, celui des cavernes, et d’un petit bœuf, probablement le bœuf musqué, animaux relégués tous actuellement dans les régions arctiques. Ces débris, reposant sur le terrain glaciaire, étaient recouverts de 2 ou 3 mètres de tuf déposé par les eaux, de 1m, 30 de tourbe, puis de terre végétale. Le sauvage qui a taillé ces silex était donc sinon contemporain, du moins bien rapproché de l’époque glaciaire, car les animaux qui l’entouraient n’auraient pu vivre sous un climat tempéré comme celui qui règne maintenant sur les bords du lac de Constance.

En Angleterre, on n’a pas encore trouvé, que je sache, des instrumens en silex ou des ossemens humains sous les moraines des glaciers terrestres ou de la seconde époque; mais dans la vallée de l’Ouse, près de Bedford, MM. Wyatt et Lyell ont recueilli des silex taillés accompagnés d’ossemens d’éléphans, de rhinocéros, d’hippopotames, dans le terrain qui a immédiatement succédé à l’argile de la première époque glaciaire, argile dans lequel on trouve empâtés des blocs et des cailloux rayés (boulder clay). M. John Frère a fait les mêmes observations à Hoxne, près de Diss, dans le comté de Suffolk. Ainsi en Angleterre comme en Suède l’homme existait avant la seconde, mais après la première époque glaciaire.

Nous avons déjà montré que l’homme primitif pouvait, à cette époque, vivre dans le voisinage des glaciers, comme les montagnards de Chamonix et des vallées latérales du Valais : il habitait des cavernes. Les plus remarquables sont celles du Périgord. MM. Lartet, Christy et d’autres observateurs y ont trouvé non-seulement des silex taillés, mais une foule d’instrumens, des harpons, des flèches, des couteaux, des aiguilles, des grattoirs en corne et en os travaillés, et des manches d’instrumens sculptés avec art dans des merrains de renne. Ces os appartenaient à tous les animaux perdus que nous avons déjà énumérés comme ayant succédé à la première période glaciaire en Suisse et en Angleterre, l’éléphant, le rhinocéros, le renne, le bœuf musqué, l’ours et la hyène des cavernes, les uns éteints depuis longtemps, les autres confinés dans les régions polaires. Ces instrumens, dira-t-on, ces harpons peuvent avoir été faits avec des ossemens d’animaux fossiles par les sauvages qui se cachaient alors dans les cavernes du Périgord. Je