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la masse du soleil étant trois cent vingt mille fois plus grande que celle de la terre, son attraction est vingt-sept fois plus forte. Un grand nombre de ces astéroïdes doivent donc pleuvoir sur le soleil; ils s’y précipitent avec une telle vitesse que le choc d’un de ces corps engendre au minimum une chaleur égale à celle produite par la combustion d’un bloc de houille quatre mille fois plus gros que l’astéroïde. Cette chaleur, s’ajoutant à celle du soleil, en entrelient la constance; mais si ces astéroïdes, inégalement répandus dans l’espace, viennent à tomber plus fréquemment sur le soleil, la chaleur de l’astre s’accroîtra, et par suite la température de la terre augmentera dans la même proportion. L’amélioration des climats terrestres après la période de froid se trouverait ainsi expliquée. Quel que soit le degré de probabilité qu’on accorde à ces hypothèses, elles n’en sont pas moins des suppositions qu’un fait ou un calcul peut renverser demain.

On a dit encore : Notre planète a pu traverser des masses cosmiques plus ou moins denses et capables d’arrêter les rayons du soleil; de là un refroidissement général à la surface du globe. Or quelle preuve avons-nous que la terre ait réellement traversé deux de ces groupes à deux époques séparées par un long intervalle de temps, et que le trajet ait duré assez longtemps pour amener l’extension des glaciers? Nous sommes encore en pleine hypothèse.

Un astronome anglais, M. James Croll, vient de proposer une nouvelle explication. Les orbites que les planètes décrivent autour du soleil ne sont pas invariables, elles sont soumises à un changement séculaire. Avec le temps, l’excentricité de l’orbite terrestre augmente ou diminue, c’est-à-dire que l’ellipse décrite par la terre autour du soleil s’allonge d’abord notablement pour se rapprocher ensuite de la forme circulaire. Actuellement cette différence entre le diamètre de ce cercle et le grand axe de l’ellipse décrite par la la terre est très faible; elle équivaut seulement à la somme de 800 rayons terrestres environ. Appliquant les formules de M. Le Verrier, M. Croll trouve par le calcul que cette excentricité était, il y a 2,000 siècles, de 3,000 rayons terrestres. Alors les conditions climatériques de notre globe durent être profondément altérées et devenir complètement différentes dans les deux hémisphères. Voyons d’abord l’hémisphère nord. Si avec cette grande excentricité la terre était comme maintenant à sa distance maximum du soleil pendant l’été, ses étés étaient certainement moins chauds que les étés actuels; mais, la terre se trouvant en hiver à sa moindre distance du soleil, les hivers étaient plus doux : en d’autres termes, les saisons extrêmes se trouvaient égalisées. Dans l’hémisphère sud, les effets de cette grande excentricité étaient diamétralement opposés. Les hivers étaient plus froids et les étés plus chauds, en un