Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/450

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quête, en a pourtant différé assez longtemps le complément, il obéissait seulement au désir d’agrandir son territoire. Dirigée par d’autres mobiles, la France n’a-t-elle pas déjà les moyens d’obtenir ce qui lui importe le plus, c’est-à-dire la facilité de créer et d’accroître ses relations commerciales? Pour donner à ses établissemens une valeur suffisante, ne peut-elle se dispenser de suivre la marche envahissante des Annamites?


III.

A ce point de vue, l’acte diplomatique qui place le Cambodge sous le protectorat de la France introduit un élément nouveau qu’il importe d’apprécier. Un pareil acte doit avoir, les termes mêmes l’indiquent, une portée tout autre que n’en aurait un traité de commerce tel que celui qui règle depuis 1856 les rapports entre la France et le royaume de Siam. Il est de nature à modifier à plusieurs égards les conditions où l’on se trouvait après le traité de 1862. Bien que le Cambodge conserve son indépendance nominale, bien qu’il reste théoriquement maître de diriger les détails de son administration intérieure, il est évident que la France, en substituant son influence à celle de Siam et de l’Annam, n’a pas eu seulement en vue de protéger le gouvernement cambodgien, mais qu’elle a entendu également améliorer sa propre situation. Elle n’a pu se dissimuler toutefois que l’état si misérable et si agité du pays nécessiterait souvent de sa part une intervention très active. En effet, à diverses reprises déjà, le roi Norodom s’est vu l’objet de violentes attaques, car les prétendans ne manquent point au Cambodge, et ne sont pas sans espérer des appuis dans le voisinage. Pour soutenir son protégé, la France a fourni des secours matériels. Les derniers courriers de Saigon ont apporté la nouvelle qu’une expédition française se dirige contre des rebelles cambodgiens recrutés de quelques Annamites, peut-être aussi de Siamois, qui bloquent Houdon, la capitale. Aussi, en compensation des embarras qu’elle prévoyait, la France s’est fait céder en 1863 la position des Quatre-Bras, si importante au point de vue stratégique et commercial. Elle y a établi un dépôt fortifié de charbon, qui s’est déjà augmenté, et qui met entre ses mains l’entrée du bras du Mékong, dont Mytho commande une des embouchures. En affirmant sa domination sur le Cambodge en échange de l’appui qu’elle lui donne, en se rendant maîtresse de diriger tout le trafic du haut du fleuve dans le bras de l’est, que l’arroyo de la Poste relie à Saigon, elle sera en mesure de faire de Namvang un entrepôt français où se réuniront, pour être ensuite dirigées vers Saigon, les