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et venir couper les communications du corps russe avec le quartier-général de Tachkend ; La chose était d’autant plus facile que c’était surtout l’infanterie régulière qui avait souffert à Irdjar, et que la cavalerie kirghize restait à peu près intacte. Ce n’est pas tout. J’ai fait comprendre plus haut la répulsion de la classe bourgeoise de Khokand et de la Boukharie pour la tyrannie de Mozaffer et la sympathie raisonnée qu’elle éprouvait pour les Russes. Chaque pas en avant et chaque ville occupée fournissaient à cette sympathie une occasion d’éclater, et par la même raison une retraite nécessitée par l’avortement d’une invasion irréfléchie aurait eu le grave inconvénient d’exposer aux vengeances des Boukhares les marchands, les chefs de corporations et les agens municipaux qui se seraient compromis par leur démonstration en faveur des « infidèles. » Ils eussent été pillés d’abord, car presque tous étaient riches, et leur vie même eût couru les plus grands dangers. Toutes ces raisons militèrent en faveur de la seconde alternative. Le général Romanovski passa le Syr, et six jours après la bataille il occupait Naou sans brûler une cartouche, passait deux jours à mettre la ville en état de défense, et le 29 mai 1866 il se présentait devant Khodjend.

Cette place forte était après Khokand la plus importante de la principauté autant comme situation stratégique que comme position commerciale. Elle est placée au coude que fait le Syr en sortante la magnifique plaine de Khokand au moment où il atteint la limite orientale du grand désert de Kharizm : cinq routes caravanières qui y aboutissaient, celles de Samarkande, Khokand, Namendjan, Tachkend et Khiva, en faisaient le point le plus central du commerce du Turkestan avec la Perse, l’Afghanistan, la Russie, l’Inde et la Chine. Les révolutions multipliées qui avaient affaibli les liens du Khokand avec les provinces vassales avaient permis à Khodjend de se créer une certaine autonomie et de fermer souvent ses portes aux gouverneurs nommés par le khan ou par l’émir de Bokhara. Les Khodjendis, fiers de cette liberté nouvelle, se vantaient de n’avoir jamais été conquis, grâce à la force de leurs remparts, qu’ils avaient toujours soigneusement maintenus en bon état, et qui consistaient en une double enceinte d’environ un myriamètre de développement, garnie de tours et de barbettes avec une seule solution de continuité à l’angle nord-est, naturellement défendu par le lit du Syr-Daria.

Les Russes se présentèrent le 29 mai en deux corps, qui prirent position, le premier à cinq verstes (cinq kilomètres) de la ville, sur la route de Bokhara, l’autre sur la rive, droite du Syr. Les habitans, à leur approche, avaient fait d’énergiques préparatifs de