Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 71.djvu/1035

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scientifiques et sut partout se concilier de profondes sympathies par ses manières douces et bienveillantes. C’est à la suite de cette visite que le gouvernement français lui envoya la croix de commandeur de la Légion d’honneur.

En 1824, il épousa miss Barnard, fille d’un orfèvre de Paternoster-Row, qui appartenait, comme Faraday lui-même, à la secte religieuse des sandemaniens ou glassites. A l’heure qu’il est, cette secte compte dans le royaume-uni une douzaine de congrégations comprenant environ deux mille personnes. Elle a été fondée en Ecosse vers 1728 par un ministre de l’église établie, du nom de Glass, et s’est renforcée des partisans de Robert Sandeman, qui apparut en 1757 et qui organisa les congrégations. Les sandemaniens ne se marient qu’entre eux et n’invitent jamais à dîner ; aussi a-t-on remarqué que Faraday n’invitait personne. Il devint plus tard le chef de la secte, et officiait comme une manière de grand pontife. Il assistait avec une grande régularité au service religieux qui a lieu à la chapelle des sandemaniens le soir, les dimanches et les vendredis, et prêchait souvent lui-même. Il allait aussi en province visiter ses congrégations. C’est ainsi que la réunion de l’Association britannique pour l’avancement des sciences qui devait se tenir à Aberdeen en 1859 lui fournit l’occasion de convoquer dans la même ville un congrès de ses coreligionnaires, auxquels il consacra à peu près tout son temps pendant la durée de la session. On m’a raconté qu’un jour le cardinal Wiseman lui demanda s’il croyait le salut possible hors de sa secte ? Faraday sourit et répondit affirmativement. »

Le Frazer’s Magazine a publié en 1836 un croquis attribué au peintre Daniel Maclise et qui représentait Faraday entouré de ses appareils. La gravure était accompagnée d’une notice biographique due à la plume spirituelle du docteur Maginn, mais remplie de détails apocryphes. On y parle de Faraday comme d’un « bon petit homme, chrétien, quoique malheureusement sandemanien, faisant preuve d’un joli coup de fourchette en présence d’un gigot de mouton et incapable de refuser la troisième bouteille d’un vieil ami. » Ce portrait s’accorde peu avec ce que l’on sait de la vie de Faraday. Ce qui est vrai, c’est qu’il était bon et naïf à l’excès et avec cela d’un tempérament gai et d’une humeur toujours égale. Il jouait un peu de la flûte, ce qui allait certainement mieux à son caractère qu’à celui du roi de Prusse. Comme Davy, Berzélius et Wollaston, Faraday est mort sans laisser d’héritiers de sa gloire.

En 1851, un jeune chimiste français qui donnait de brillantes espérances, Ebelmen, se rendit à Londres comme membre du jury international de la première exposition. A peine arrivé, il s’empressa de voir Faraday. On parla de Paris, des amis nombreux que le célèbre chimiste anglais y possédait et des recherches qui les occupaient. Quand Ebelmen prit congé de Faraday, ce dernier le pria d’assister à la dernière leçon de