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pour sa mère, avait pris l’habitude de rapporter à celle-ci précisément le contraire de ce que le brave Rab lui avait dit ; de cette manière, la volonté du mari était faite, mais de cette manière seulement. Rab, qui était la patience même, blâma son fils de ces mensonges officieux, et supporta jusqu’à la fin sans se fâcher l’humeur désagréable de sa compagne.

En Babylonie, grâce au nombre et à la liberté relative des Juifs, les rabbins furent plus influens, plus dominateurs encore qu’en Palestine. Plus d’une fois leur tyrannie, leur rapacité, leur faste, scandalisèrent les fidèles, sans toutefois que le mécontentement allât jusqu’à la révolte. On blâma les rabbins, on continua de vénérer le rabbinisme. D’ailleurs ces mauvaises impressions furent balancées par la vie exemplaire des plus grandes autorités rabbiniques. Pour en finir, la décadence du patriarcat de Palestine et des écoles groupées autour de lui devint toujours plus sensible par suite des événemens politiques. Les patriarches Gamaliel IV (fin du IIIe siècle), Juda III, Hillel II (IVe siècle), ne réussirent pas à l’arrêter. Avec le patriarche Gamaliel V, dernier descendant du grand Hillel, la dynastie patriarcale s’éteignit, et l’institution fut supprimée par décret impérial en 425 ; mais en disparaissant elle laissa un monument capable de défier les siècles, la gémare, qui, réunie à la mischna, perpétua dans le Talmud son esprit et son autorité. Dès le commencement du Ve siècle et peut-être même un peu avant, la gémare de Palestine avait été fixée et rédigée sous forme écrite. Il en fut de même un siècle plus tard pour la gémare de Babylone, qui fut réunie par R. Aschi et son disciple Abina. Tous les matériaux du Talmud étaient donc rassemblés, et l’on peut dire que cette compilation prodigieuse, entreprise au temps du premier Hérode sous l’impulsion du grand Hillel pour finir au moment où commencent les invasions victorieuses, a duré précisément autant que l’empire romain.


V

Il nous reste à donner un aperçu général de ce Talmud, fruit définitif de cette longue période, dont tout le monde sait le nom et qu’en dehors des cercles israélites si peu de personnes connaissent. Ce n’est pas une petite affaire. Le Talmud, c’est-à-dire l’enseignement, est une œuvre tellement sui generis, si différente des autres collections sacrées, qu’il est fort difficile, peut-être impossible, d’invoquer des analogies pour aider les non-initiés à s’en rendre compte. Combien de fois les théologiens chrétiens n’ont-ils