Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 73.djvu/132

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aplatir, puis on enlève l’épine dorsale, et enfin on les entasse dans la cale en saupoudrant de sel chaque couche de morues. Dès que le chargement est complet, le navire retourne vers la terre ferme, où la cargaison est déchargée, lavée avec soin et étalée sur les rochers du rivage jusqu’à ce qu’elle soit convenablement séchée, ce qui exige 12 jours environ, après quoi elle est en état d’être envoyée à Bergen, où elle arrive vers le 15 juin. Ensuite le klipfish est entassé par couches excessivement serrées dans la cale des bâtimens à voile ou à vapeur qui l’amènent dans cet état sur les marchés de l’Europe et de l’Amérique.

Toutes les morues ne se pèchent pas pendant l’hiver, il y a quelques espèces qui fréquentent les côtes de la Norvège pendant toute l’année; les unes servent à la nourriture des habitans, les autres sont l’objet de préparations spéciales et destinées à la consommation de certains pays. Ainsi en Finmarck on vend chaque année au moins 20,000 barils de morues provenant de la pêche d’été aux bateaux russes, qui apportent en échange du seigle, de la farine et du chanvre.

Les foies destinés à la fabrication de l’huile médicinale, après avoir été lavés et séchés, sont placés dans des boîtes de fer-blanc, enfermées elles-mêmes dans d’autres boîtes plus grandes où l’on fait passer un courant de vapeur. Les foies se liquéfient peu à peu et fournissent l’huile, qu’on enlève au fur et à mesure et qu’on filtre avant de la mettre en baril et de la livrer à la consommation. L’huile brune, qu’on obtient avec les parties qui ont résisté à une première opération, n’est employée que pour le corroyage des peaux. Les pêcheurs qui préparent les foies pour leur propre compte les mettent dans des barils et les laissent liquéfier naturellement. Ils se bornent à recueillir précieusement l’huile qui s’en échappe. La première obtenue est la plus claire et la meilleure, elle porte la dénomination de blanche supérieure ; la seconde récolte donne l’huile blanche ordinaire, qui a la couleur du vin de Madère; enfin la troisième est d’un brun clair. Ces diverses espèces d’huile, aussitôt fabriquées, sont placées dans des barils de fer-blanc ou de chêne et expédiées avec les autres produits de la pêche aux négocians de Bergen qui ont fait à l’équipage les avances d’argent et de vivres pour l’expédition, et leur sont cédées à un prix convenu. Avant d’être livrées au commerce, elles sont examinées et vérifiées par un inspecteur qui imprime sur les barils une marque spéciale pour chaque qualité d’huile. La pêche de la morue a employé en 1865 5,561 bateaux, montés par 20,800 marins, et a produit 22 millions de kilogrammes de klipfish, 12 millions de kilogrammes de stockfish, 60,000 barils d’huile, 35,000 barils de