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JOSEPH-VICTOR LE CLERC
DOYEN DE LA FACULTE DES LETTRES DE PARIS

C’est surtout quand il s’agit des grands travaux d’érudition que les bons esprits sont fondés à se plaindre de ce qu’il y a parfois de superficiel dans les maximes de notre temps. Ces travaux, n’étant susceptibles d’aucune application pratique et ne s’adressant qu’à une élite d’hommes instruits, ne sauraient avoir dans le public ni lecteurs ni approbateurs. Les institutions qui autrefois fournissaient à de telles études de rares facilités, comme les corporations universitaires et les ordres religieux jouissant de grands loisirs, ont disparu ou changé de caractère. Les classes qui avant la révolution apportaient aux patientes recherches un docte contingent de travailleurs, clergé, magistrature, barreau, sont absorbées maintenant par les fonctions ou les passions de leur ordre, et ne trouvent plus de temps pour les occupations désintéressées. L’état, qui s’imagine avoir remplacé avec avantage les mécanismes indépendans de l’ancien régime par des ministères et des administrations, ne sait pas se comporter comme il faut envers ces délicates études. Plus soucieux d’encourager ce qu’on appelle le talent, apprécié du grand nombre, que de montrer son estime pour des œuvres essentiellement aristocratiques, l’état est presque toujours en pareille matière un juge distrait, frivole ou peu sûr. Enfin les nouvelles conditions que les transformations économiques du siècle ont amenées pour la vie matérielle sont tout à fait contraires aux occupations de recherche pure. La noblesse de ces recherches est de n’avoir presque aucune valeur vénale, de répondre à la demande d’un