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LE
POSITIVISME DANS L'HISTOIRE

History of Civilisation in England, by Henry Thomas Buckle ; a new edition, 3 vol., London 1867.

A mesure que les ouvrages historiques s’accumulent dans les littératures modernes, un autre genre de travaux marcha à la suite, ceux que l’on doit à la philosophie de l’histoire. Il est naturel que les premiers défilent en rangs pressés et se disputent le soleil, comme il arrive dans les multitudes : le détail de l’histoire est infini. En revanche, il semble que les seconds devraient être rares, et que pour cet ordre de généralisations il y ait beaucoup moins de place. La première philosophie de l’histoire qui se produisit dans le monde, pour peu qu’elle offrît de vraisemblance, dut contenter pour quelque temps les esprits ; la seconde, si elle réussit à faire oublier la première, commençait par là même à trahir le faible de l’entreprise. Ce n’est pourtant pas ainsi que les choses se passent ; les théories succèdent aux théories, les synthèses aux synthèses. Que dis-je ? Leur ambitieuse hardiesse augmente. On ne dit plus : philosophie de l’histoire, cela est trop modeste ; on dit : les lois de l’histoire. On parle de découvertes, comme si l’on avait à sa disposition l’instrument précis de je ne sais quel calcul intégral. Loin de nous l’idée d’une raillerie en présence d’une passion, d’un besoin des intelligences de notre temps. Qui ne sent que les philosophes adonnés à ce genre d’études cherchent à deviner l’avenir de nos civilisations inquiètes, à connaître le lendemain de nos sociétés ?