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L'ALLEMAGNE
DEPUIS LA GUERRE DE 1866

V.
L'AUTRICHE ET SA CONSTITUTION NOUVELLE [1]

Naguère encore les amis de la liberté n’étaient pas ceux de l’Autriche. Elle écrasait du poids de ses baïonnettes deux nations, l’Italie et la Hongrie. Répudiant les réformes libérales de Joseph II, elle avait aliéné entre les mains de Rome, par un concordat fameux, l’indépendance du pouvoir civil. Elle était en Europe le foyer ou plutôt la forteresse de toutes les idées rétrogrades. Ses succès en 1849 avaient été dans toute l’Allemagne le signal d’une réaction, et plus tard chacune de ses défaites était considérée comme une victoire pour la cause du progrès. Cet empire, qui semblait fatalement voué au despotisme, pesait comme une chape de plomb sur l’essor des peuples de l’Europe orientale et méridionale. Aussi que de sympathies s’acquit la France quand en 1859 elle lui porta le coup qui affranchissait l’Italie, et qui devait bientôt précipiter la formation de l’unité germanique ! Les hommes d’état anglais, qui persistaient à croire que l’empire d’Autriche était indispensable à l’équilibre européen, étaient honnis comme les représentans aveugles d’une politique égoïste et surannée. Certes alors des cris de

  1. Voyez la série sur la Prusse dans la Revue des 15 février, 15 juin, 1er septembre et 1er novembre 1867.