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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mars 1868.

Nous arrivons de Venise, l’esprit encore rempli du spectacle d’une touchante et patriotique cérémonie. Venise avait voulu recevoir dignement les restes de son héros, de son enfant le plus glorieux, de son citoyen le plus illustre, de Daniel Manin, le grand honnête homme mort dans l’exil pour sa patrie après avoir vu mourir à ses côtés sa femme et sa fille. Daniel Manin ne pouvait rentrer que dans une patrie délivrée, la France, jusqu’ici gardienne de cette relique, ne pouvait la rendre qu’à une Venise libre. Tout se réunissait pour convier la France et l’Italie à ce touchant rendez-vous. Nous avions pris, pour notre voyage, par le Brenner et les jolis chemins de fer de l’Allemagne méridionale.

Rien n’est coquet comme ces chemins de fer de Bade, du Wurtemberg et de la Bavière ; ils traversent des paysages ravissans. On y est porté dans des wagons qui sont des boudoirs et des salons. On y passe par des villes charmantes, notamment par Ulm. Wurtemberg et Bavière y travaillent à des fortifications qui en feront une des plus grandes forteresses de l’Europe ; mais ces fortifications sont si jolies qu’elles font décor autour d’Ulm et de Neue-Ulm. C’est près d’Ulm que prennent naissance le Rhin et le Danube, qui sont là de gracieuses rivières aux eaux limpides, fraîches et vertes. Quand on regarde l’ensemble de la forteresse d’Ulm, on demeure bien convaincu que, malgré les traités militaires de 1866, le Wurtemberg et la Bavière n’ont point travaillé là pour les beaux yeux de M. de Bismarck, et que, s’il y a guerre, cette place sera une forte base pour des armées françaises ou autrichiennes.

Au débouché du Brenner, comme au débouché de l’Apennin à Pistoia, il y a deux surprises de vue saisissantes : du Brenner, on découvre tout à coup à ses pieds les plaines tyroliennes, comme on voit soudainement, au sortir de l’Apennin, la vallée de Pistoia et les plaines toscanes.