Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 74.djvu/791

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LA DEMOCRATIE
ET
LE DROIT DE SUFFRAGE

II.
LE SUFFRAGE UNIVERSEL [1]

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en afflige, le suffrage universel est devenu une des lois fondamentales de la société française. La révolution qui nous l’a donné n’a peut-être pas été très opportune ni très heureuse pour notre pays. Nous avons fait comme un navigateur impatient qui se jette à la nage pour arriver plus vite à la côte ; malheureusement nous avions trop présumé de nous-mêmes : soit que nos forces nous aient trahis, soit que le courage nous ait manqué, le progrès hâtif et prématuré du droit de suffrage nous a coûté tout le patrimoine des libertés que nous avions amassées depuis un demi-siècle. Notre république, improvisée en un jour, abattue de même, ne s’est pas seulement montrée incapable d’assurer ses propres conquêtes, elle n’a même pas su conserver le glorieux héritage du régime qu’elle était venue détruire.

Il est donc permis de le dire : au seul point de vue de la liberté, le trop brusque avènement du suffrage universel n’a pas été un bonheur pour la France. Il a jeté nos destinées aux mains d’une

  1. Voyez la Revue du 1er avril.